Cannes 2026 #J2 Mercredi 13 mai.

Tout sauf politique

La cérémonie d’ouverture fut polie et policée, mais pas politique. Ça, c’est fait. Reste à découvrir la compétition officielle – trois films aujourd’hui, et toutes les sections parallèles qui ouvrent ce soir.

Eye, Eye, Eye, c’était beau, cette image de vous, maîtresse de cérémonie longiligne de profil déclamant dans un nuage de fumée « sur l’écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais du cinéma », premiers mots de la chanson de Claude Nougaro. Et ensuite, l’accueil des « invités ici présents, des téléspectateurs et des internautes partout dans le monde… enfin partout où Internet n’a pas été coupé, partout où l’intelligence artificielle ne s’est pas substituée à la réalité. Enfin, à vous toutes et tous qui tentez de résister ici et ailleurs… » : c’était juste, ça augurait bien de la suite.

Quand la violoniste américaine née en Israël, Miri Ben-Ari a accompagné vos mots, il y a eu encore un peu plus de magie dans l’air. Et puis, bim, une saillie contre les critiques, qui soit écrivent des choses positives, mais banales « Un film qui ose tout et touche au sublime / Une odeur de palme sur la Croisette / La palme du cœur » , soit balancent des mots incompréhensibles, soit cinglent et blessent : « le film pose une question majeure : pourquoi le générique de fin n’est-il pas plus proche de celui du début ? »

Aïe, aïe, aïe, chère Eye Haidara, c’est dommage, ces généralités, alors que vous savez être si singulière, si originale, si différente, quand vous balancez des répliques cultes, de La dolce vita à Taxi Driver en passant par Pretty Woman… ou quand vous concluez « qu’on n’a pas trouvé mieux que deux heures dans le noir pour regarder et écouter les autres en pleine lumière. » , avant de saluer joliment Nathalie Baye, « une actrice remarquable, qui savait dire tant avec si peu ».

Bon. Ensuite, ce fut la routine. Bref discours du président Park Chan-wook uniquement axé sur le cinéma et les délibérations futures entre les membres du jury. Tout sauf politique. Interrogé sur ce thème à la conférence de presse de l’après-midi, il avait vaguement botté en touche. Peter Jackson, réalisateur néo-zélandais à succès de la trilogie du Seigneur des Anneaux a reçu une standing ovation et sa Palme d’or d’honneur. Content, il a prodigué un loooong discours après celui, gentiment interminable, de son acteur principal Elijah Wood, interprète du lilliputien aux pieds poilus, le Hobbit Frodon.

La version inattendue de Get Back des Beatles (car Peter Jackson a réalisé une série documentaire sur le quatuor) par Theodora et Oklou, avec beaucoup de pyrotechnie, a vaguement réveillé l’assemblée avant que les actrices Gong Li et Jane Fonda (égéries d’une marque cosmétique partenaire officielle du Festival) , « dont la simple présence est déjà un événement », ne déclarent officiellement le 79e Festival de Cannes ouvert. Heureusement, dans cette dernière ligne droite d’une cérémonie platounette, Fonda a invoqué « le pouvoir des voix à l’écran, hors des écrans, spécialement dans la rue » et célébré « l’audace, la liberté et l’acte féroce de la création ». Jane Fonda, sa carrière à tomber (On achève bien les chevaux, Julia, Retour, Le Syndrome chinois…), ses 88 ans, ses cheveux blancs, sa robe noire à paillettes. Et son engagement.

Cherchons donc sur les écrans les histoires, les combats et les images : il y a de quoi faire. Toutes les sections parallèles démarrent aujourd’hui. La Semaine de la Critique présente In Waves, de Phuong May Nguen, premier long-métrage d’animation délicat et endeuillé, d’après l’histoire vraie et le roman graphique de A.J. Dungo (lire ici notre chant d’amour). Et des nouveaux venus vont fouler le tapis rouge : onze des vingt-deux films en compétition cette année (oui, ça fait la moitié : j’aime bien quand vous suivez) sont signés par des réalisateurs qui n’ont jamais été en lice pour la Palme d’or. Aujourd’hui, dans cette catégorie, ouvrent le feu la Française Charline Bourgeois-Taquet (Tous les Garçons et les filles, Les Amours d’Anaïs) pour La Vie d’une femme avec Léa Drucker et Mélanie Thierry ; et le Japonais Kõji Fukada (Harmonium, Suis-moi, je te fuis, Love on Trial) pour Quelques jours à Nagi avec Takato Matsu et Shizuka Ishibashi.

Et sinon, pour la liesse populaire, et en remplacement de Tom Cruise, qui présentait l’an dernier le 8e volet de la saga Mission impossible, le Grand Théâtre Lumière vrombira de toutes parts avec The Fast and The Furious de Rob Cohen, en présence de Michelle Rodriguez et Vin Diesel. Non pas le 12e épisode de la saga vroum vroum : celui-ci, intitulé Fast Forever, verra le jour – ou plutôt la nuit des salles de ciné – le 17 mars 2028… décidément, que d’infos dans cette chronique, ne me remerciez pas, c’est mon travail ! The Fast and The Furious, en VF Fast and Furious, cherchez l’erreur, est bel et bien le premier film de cette future série pouêt pouêt, qui fête ses 25 ans en copie restaurée (et en sélection officielle Cannes Classics). Mais, fans de Tom Cruise, séchez vos larmes : certes, il ne sera pas là en chair et en os, mais sur l’écran du Cinéma de la plage dès la tombée de la nuit dans Top Gun de Tony Scott, qui, lui, fête ses 40 ans.

Et il est bien clair que tout ça ne nous rajeunit pas. Pour voyager loin, en tout cas jusqu’au bout de ces douze jours de marathon des yeux, restons zens. Et rappelons-nous qu’ici, la pire souffrance se résumera à ne pas obtenir de place pour un film désiré (la farandole de jeunes gens endimanchés brandissant des pancartes proposant des câlins contre des tickets d’entrée en atteste déjà), et des fourmillements, des crampes ou des varices pour les photographes et les fans faisant le pied de grue aux marches du Palais. Là où y a de tant belles filles, lon la.