

Les réalisatrices Lise Akoka et Romane Gueret commentent cinq scènes extraites de leur deuxième long-métrage Ma frère, feel good movie solaire et généreux, et variation rafraîchissante sur le film de colo, avec une bande d’interprètes aux petits oignons.
Scène 1 : L’ouverture du film
« Nous voulions rentrer directement dans la microsociété des enfants. Comme si on signait un contrat sur le fait de les regarder par un trou de serrure, quand ils ne sont pas inhibés par le regard adulte posé sur eux, en créant une sorte de confusion entre ne pas savoir si on est dans une véritable scène de consultation médicale, ou si on est dans un jeu de rôle. On comprend seulement au bout de quelques secondes qu’il s’agit d’un moment ludique entre eux. C’était amusant de créer cette zone floue, avant que le sérieux de leur jeu d’acteurs n’innerve tout le film. On verra ensuite des gosses jouer aux adultes, et des adultes retomber en enfance. Cette rencontre et cette porosité des deux mondes nous tenaient à cœur. C’est la première scène qui nous venue à l’esprit quand on a réfléchi à Ma frère, et elle n’a jamais bougé de place. On s’est dit qu’elle constituerait notre ouverture. Nous avons fait des choix pour les dialogues, mais elle a été très peu transformée. Elle nous permettait aussi de faire connaissance avec les petits tôt dans le récit, car on ne les retrouve ensuite que dans le deuxième tiers.
Sur l’idée du jeu dans le jeu et de ce à quoi ils jouent, nous avons écrit quelque chose qui avait le plus de sens possible avec ce que le film raconte par la suite. La maternité, la sexualité, le fossé des milieux sociaux entre gosses. Commencer de manière un peu irrévérencieuse avec l’enchaînement de répliques : « Ouvrez bien la zézette, madame », « On dit : la vulve » et « Toi, je t’encule » nous plaisait, parce que c’était évocateur de ce qu’allait être l’aventure, et de la voie crue et sans filtre dans laquelle on allait s’engager. Ce sont pour nous des questions actuelles et brûlantes : comment nommer les choses, à hauteur d’intimité avec les gamins. Nous sommes nous-mêmes de jeunes mères et nous nous interrogeons par rapport à nos propres enfants, autour de nombreux sujets parfois remis en question. Écrire sur ces thématiques avait beaucoup de sens pour nous. »
Propos recueillis par Olivier Pélisson
