Retour au collège

Élever, s'élever, rêver

Dans Retour au collège, Antoine Fromental retrouve le principal d’un collège public à quelques semaines de sa retraite. Un documentaire choral d’une rare intelligence, où le sens du cadre et de la dramaturgie se conjugue à une formidable leçon d’humanité. Et redonne quelques raisons d’espérer.

Des profs heureux d’être là. Des élèves qui parlent librement, des adultes qui écoutent, s’interrogent, se remettent en question. De l’humour, de la complicité, de la fermeté aussi. Voilà qui détonne dans le paysage cinématographique consacré à l’école publique, où l’épuisement, les conflits et les fractures sociales ont largement pris le pas sur le plaisir d’enseigner. Avec Retour au collège, Antoine Fromental prend le contre-pied de ces représentations, sans pour autant nous présenter un établissement modèle. Et ça fait un bien fou.

Le réalisateur retrouve Christian Comès, principal du collège Auguste-Renoir à Asnières-sur-Seine, qu’il avait déjà filmé dans son premier documentaire, À nous de jouer !. Nous sommes au premier trimestre, quelques semaines avant son départ à la retraite. Loin de concentrer son récit sur ce principal haut en couleur, Antoine Fromental s’intéresse à tout ce petit monde, à celles et ceux qui font vivre le collège. Personnel d’entretien, enseignants, assistants d’éducation, responsable du CDI, parents, élèves : chacun a son prénom, son caractère, ses préoccupations. Et chacun participe à sa manière à une réflexion permanente sur la pédagogie, les méthodes et les solutions à inventer.

La réussite du film tient d’abord à sa construction. Retour au collège est un véritable film choral, avec un sens aigu de la caractérisation et de la dramaturgie. Les personnages prennent corps à travers leurs paroles, leurs gestes, leurs contradictions, leurs rapports aux autres. Les situations se répondent, les trajectoires se croisent, les conflits font avancer le récit. Une sanction envisagée, une incompréhension, une difficulté personnelle deviennent autant de points de bascule. Des élèves résistent, craquent, évoluent. Des adultes doutent, se trompent, rectifient. Le réalisateur construit de véritables arcs narratifs, comme dans un récit fictif, sans jamais forcer les événements.

Cette précision narrative se retrouve dans la mise en scène. Avec Nicolaos Zafiriou à la direction photo, Antoine Fromental regarde, cadre, compose. La lumière, les visages, les corps dans l’espace, les rapports entre les individus et le groupe : chaque plan témoigne d’une attention particulière. L’image échappe au naturalisme un peu plat auquel le documentaire social nous a parfois habitués. La caméra sait se faire oublier. Le montage, cosigné Hélène Vigier et le réalisateur, maintient l’équilibre. La musique de Laurent Jimenezaccompagne les transitions, illustre le mouvement du récit.

Le film tient aussi par la franchise des échanges. On parle, on se confie, on s’agace, on plaisante. Les adolescents sont d’un naturel désarmant, les adultes tout aussi attachants dans leurs convictions que dans leurs hésitations. Oui, les difficultés sont bien présentes. Il faut gérer les situations familiales et sociales parfois complexes, les conflits, les injustices, le manque de moyens, les contradictions de la sectorisation, une accessibilité qui devrait aller de soi. Ces réalités rappellent les limites de l’institution, et celles de notre compréhension des autres.

Cette vulnérabilité partagée est filmée avec sensibilité. Des déclics, des craquages, des moments d’impuissance et de très belles victoires, parfois minuscules. Le dialogue entre les familles et l’équipe pédagogique rappelle à quel point l’éducation exige de travailler ensemble, de comprendre ce qui se joue à l’école comme à la maison. Et ce que quelques mots d’encouragement, une question bien posée, une écoute véritable peuvent changer dans un parcours.

Retour au collège est évidemment, aussi, un film profondément politique. Sur l’école publique et ses contradictions, la mixité sociale, l’égalité des chances, ce que nous choisissons collectivement de transmettre aux générations suivantes.

Ce principal pas comme les autres, qui quitte ses fonctions et fait confiance à son équipe, nous fait rêver. Ses élèves qui restent, aussi. Et à une époque où l’école publique semble trop souvent condamnée à se justifier, à se défendre, à compter ses manques, quel bonheur de la voir ainsi, vivante, imparfaite, inventive, portée par des femmes et des hommes qui croient encore au respect. Un immense motif d’espoir. Et un très beau film à voir entre deux blocus lycéens, dont la fonction demeure de vouloir s’éduquer autrement. Les élèves sont avant tout des enfants, faut-il le rappeler ?

 

Mary Noelle Dana