

Un homme, deux femmes, sous la caméra de la réalisatrice qui joint sa voix à la leur, forment trois générations racontant le Liban. Ce documentaire sur un pays meurtri, qui n’en finit pas de se relever pour retomber, est puissant et bouleversant.
2018, Myriam el Hajj suit les pas de Joumana, quadragénaire militante pour le droit des femmes et la liberté d’expression, candidate aux élections législatives contre les tenants historiques du pouvoir au Liban. Porteuse d’espoir pour sa génération et la suivante, Joumana est entourée de jeunes gens désireux de voir leur pays se relever et se transformer. Parmi ceux-ci, Perla Joe, cinéaste, musicienne et activiste. Lorsque Joumana remporte le siège brigué, le bonheur n’est que de courte durée : dès le lendemain, l’élection est invalidée pour un soi-disant vice de procédure. Un an plus tard éclate la révolution et Perla Joe est de toutes les manifestations, portant elle aussi, comme la foule autour d’elle, l’espérance d’un changement imminent. À leurs voix se mêle celle de la réalisatrice qui n’intervient qu’en off, interrogeant ce qui, dans son pays et dans sa vie, pourrait évoluer.
Georges, vieillard grisonnant et unijambiste, vétéran de la guerre civile (1975-1990), est un personnage plus opaque ; il a l’âge des oncles de la réalisatrice et n’a jamais vraiment parlé de ses combats. Celui dont le nom de guerre était « le père de la nuit » est filmé chez le barbier ou chez lui. Il évoque peu à peu les événements sanglants auxquels il est lié, l’explosion du bus sur lequel il aurait tiré et qui aurait mis le feu aux poudres. L’impossibilité de dire toute la vérité est patente.
Ces trois discours, plus celui de la réalisatrice, tissent un état des lieux, complexe et puissant, de ce pays sans cesse abîmé et meurtri. Plongé au cœur des luttes, le spectateur entre en empathie, on vit avec elles, avec lui, on comprend toutes les difficultés, les traumas, les envies aussi d’une autre donne pour demain..
Et puis, en 2020, l’explosion du port de Beyrouth rebat les cartes, fait décupler la colère des habitants et, à sa suite, l’épidémie de Covid 19 marque un coup d’arrêt à toutes les aspirations de nouveautés.
Partie pour faire un documentaire sur la vague d’optimisme qui s’était emparée de son pays en 2018, la réalisatrice de Trêve (2015, présenté dans des festivals et inédit en salle) livre un film tendu, tenu, qui nous happe et nous terrifie. Nous subjugue aussi par le besoin viscéral de croire encore à un ciel qui s’éclaircirait.
Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Et réciproquement.
