

Portrait sensible et vivifiant, Nino charme autant qu’il émeut. Pauline Loquès tricote un grand sujet avec les petits riens du quotidien, pour mieux raconter une humanité qui tâtonne, mais trouve son équilibre grâce au regard de l’autre et à la précision de la mise en scène.
Incroyable sensation de douceur à la vue de ce premier long-métrage pourtant bâti sur la gravité. Gravité d’apprendre un diagnostic de cancer pour le protagoniste, et besoin impérieux de la réalisatrice de dépasser la douleur réelle liée à la perte d’un proche. De la création comme catharsis. Le film touche et fait mouche, car il dépasse le simple sujet à thèse, pour revendiquer sa singularité par l’écriture romanesque et par la mise en scène. L’art de Pauline Loquès s’avère le fin entrelacement des sons, images, mots et silences, pour décoller du naturalisme. Des éléments précisément pensés et articulés avec son équipe, en contournant le pathos, le chantage à l’émotion et l’angélisme. La caméra reste à la bonne distance en s’attachant au non-spectaculaire. La temporalité du récit se concentre ainsi sur des journées en apesanteur, entre le coup de massue anesthésié de l’annonce initiale, et le début du traitement. Une parenthèse incertaine et ouatée, où souffle un vent de chaleur et d’une possible lumière. Celle qui va progressivement gagner l’écran.
Sans chichis et avec une délicatesse infinie, liée à une profondeur envoûtante dans la création de son héros et de son lien aux autres, Pauline Loquès raconte la force par la singularité. Accueillir l’inconnu, annoncer une mauvaise nouvelle, se regarder en face, se reconnecter à soi. Pour tout cela, le choix de l’acteur central était crucial. Coup de grâce avec Théodore Pellerin, juste prix de la révélation à la Semaine de la Critique à Cannes. Il irradie sans forcer. L’alliance de suspension et d’aplomb dans son incarnation est saisissante, après ses jalons hétéroclites chez sa compatriote québécoise Sophie Dupuis (Chien de garde, Souterrain, Solo) et son Jacques de Bascher dans la mini-série Becoming Karl Lagerfeld. Sa déambulation de jeune homme enfermé dehors est subtilement accompagnée par le traitement chromatique et sonore, dans un Paris vaste, mais finalement accueillant. Brillamment ponctué par les rencontres avec les personnages secondaires – campés par des interprètes subtils -, qui se nourrissent de lui autant qu’ils lui apportent leur humanité, Nino devient une balade entêtante.
