Festival Cinemed 

La Méditerranée en résonances

Plongée au Festival du Cinéma Méditerranéen (CINEMED), qui s’est tenu à Montpellier du 17 au 25 octobre 2025.

La quarante-septième édition du Festival Cinemed est restée fidèle à sa plus ancestrale coutume. Le générique du festival s’affiche à l’écran avant chaque projection de film et rencontre avec un professionnel du cinéma. Puis, la liesse s’empare de la salle. On entend les spectateurs applaudir au même rythme. Et un « Olé » collectif conclut la chorégraphie entraînante. Pendant une semaine, place à la Méditerranée en 240 films. Courts-métrages et longs-métrages en compétition officielle, intégrale de Raymond Depardon et Claudine Nougaret en leur présence, commémoration du cinéma égyptien de Youssef Chahine, qui aurait eu 100 ans en janvier prochain, panorama sur le jeune cinéma syrien et regards d’Occitanie, rétrospective italienne du cinéaste Dino Risi… Il y en avait pour tous les goûts, certes, mais pour tous les âges également, avec deux films d’animation accessibles aux enfants et projetés dans les grandioses salles de l’Opéra Berlioz et de l’espace Pasteur. Celles-ci figurent parmi les pièces maîtresses du Palais des Congrès Le Corum, bâtiment où se tient chaque année le cœur battant du festival.

Le Festival Cinemed est un lieu de rencontres où tout le monde peut se côtoyer. Un espace hors du temps mêlant spectateurs et bénévoles, étudiants en cinéma ou en journalisme et cinéastes accomplis (François Ozon, Fernando Léon de Aranoa), acteurs déjà reconnus (Jonathan Cohen, Sabrina Ouazani…) et nouveaux réalisateurs du Caucase et du Moyen-Orient (Arménie, Liban, etc.).

Traverser ce maelström de films et de personnalités aurait pu nous égarer et brouiller notre regard. Mais finalement, ce sont des résonances inattendues qui se forment sur notre rétine. Dans l’un des films en compétition officielle Little Trouble Girls (en salle le 11 mars 2026), la réalisatrice Urška Djukić met en scène Lucia, une élève réservée d’une chorale catholique. L’actrice Jara Sofija Ostan épate lorsqu’elle laisse transparaître en un minimum d’expressions la myriade d’émotions vécues par l’adolescente. Et le film nous déroute joyeusement. Nous sommes suspendus aux lèvres de Lucia lors d’une scène de baiser des plus singulières et jolies. Nous prenons le temps de respirer avec elle pendant ses escapades. Durant l’une d’elles, des plans de la nature coexistent alors avec ceux d’un corps nu. Le montage parallèle associe un nombril féminin à une fleur butinée par une abeille. « Le son est lumière », est-il dit en voix off. Même si le récit reprend son cours, la phrase mystérieuse reste en mémoire. Et c’est un peu plus tard, devant le court-métrage syrien Locus Cordis (Alhasan Yousef), qu’elle semble se poursuivre. Ce documentaire explore le pouvoir du son pour se reconnecter à distance avec la Syrie, le pays perdu du réalisateur. Tandis qu’un morceau de bois est filmé en gros plan, vibrant à la cadence des coups portés sur un tambour, on entend en voix off : « le son est mouvement ».

Les échos traversent les genres et époques des œuvres diffusées. Dans le tendre Macaroni réalisé par Ettore Scola en 1985 (carte blanche de Fernando León de Aranoa), deux amis d’âge mûr s’apprennent mutuellement à lécher avec propreté un baba au rhum. Quarante ans plus tard, devant la caméra de la Slovène Urška Djukić, ce sont deux jeunes amies qui reproduisent presque le même geste sensuel en prenant leur poing comme substitut aux lèvres masculines. Si les comparaisons n’ont pas toutes vocations à faire sens, elles nous rappellent ici que des films peuvent se répondre sans s’être adressé la parole.

C’est bien la marque d’un festival à la programmation riche et variée que de donner vie à de tels cadavres exquis cinématographiques.

 

Palmarès 

LONGS MÉTRAGES

Antigone d’or (remis par Ariane Ascaride, Présidente du jury du Cinemed 2025) : Les Dimanches de Alauda Ruíz de Azúa (Espagne/France, 2025)

Mention à Carmen Maura dans Rue Málaga de Maryam Touzani (France/Espagne/Maroc/Allemagne/Belgique, 2025)

Prix de la Critique : La Voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania (Tunisie/France, 2025)

Prix du Public : La Voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania (Tunisie/France, 2025)

Prix jeune public des activités sociales de l’énergie : Un monde fragile et merveilleux de Cyril Aris (Liban/États-Unis/Allemagne/Arabie saoudite/Qatar, 2025)

Prix des exploitants La Gazette de Montpellier :  Where the Wind Comes From de Amel Guellaty (Tunisie/France/Qatar, 2025)

Prix JAM de la meilleure musique : Anthony Sahyoun pour la musique d’Un monde fragile et merveilleux de Cyril Aris (Liban/États-Unis/Allemagne/Arabie saoudite/Qatar, 2025)

Prix étudiant de la première œuvre CCU – Crous – Air France : Le Garçon qui faisait danser les collines de Georgi M. Unkovski (Macédoine du Nord/ République tchèque/Serbie/Croatie, 2025)

COURTS MÉTRAGES

Grand prix du court métrage de Montpellier Méditerranée Métropole : Tapete Voador de Justin Amorim (Portugal, 2025)

Mention à Le Diable et la Bicyclette de Sharon Hakim (France/Liban, 2025)

Prix du public La Gazette – Titra Film : Mme Faiza & Dr Love de Anissa Daoud (France, 2025)

Prix Jeune public Ville de Montpellier : Sous les ruines de Nadhir Bouslama (France, 2025)

Mention à Nul homme n’est une île de Khalil Cherti (France, 2025)

Prix Canal+ : Eraserhead dans un filet à provisions de Lili Koss (Bulgarie, 2025)
DOCUMENTAIRES

Prix Ulysse Decipro – Montpellier Méditerranée Métropole : With Hasan in Gaza de Kamal Aljafari (Palestine/Allemagne/France/Qatar)

Mention à Do You Love Me de Lana Daher (France/Liban/Allemagne/Qatar, 2025)

Cinemed, Festival international de cinéma méditerranéen à Montpellier
Pour aller plus loin, le site officiel de la manifestation : https://www.cinemed.tm.fr/