Le Chant des oliviers de Alex Camilleri

La possibilité d’une île

Entre road movie et film d’apprentissage, Le Chant des oliviers met en scène la transmission. Autour de l’amour de Malte et du ghana, chant traditionnel qui oscille entre joute oratoire et ballade musicale, se rejoignent une jeune femme et un vieil homme.

Le cinéma parfois nous ouvre des portes inconnues et nous enchante et nous envoûte : c’est le cas ici avec le
ghana, chant traditionnel maltais, qui sera sans doute une découverte pour beaucoup. Les gardiens de cet art ancestral, les ghannejj font raisonner l’histoire de leur pays ou bien leur propre vie en une complainte déchirante qui parfois devient joute à deux (comme le slam ou le rap). Et c’est troublant et magnifique.

Le Chant des oliviers, deuxième long de Alex Camilleri (Luzzu, 2022) conte une histoire somme toute classique à la base. Une histoire de mort et d’héritage. Mar, la jeune femme qui vient de perdre sa mère, avec laquelle elle était fâchée, a quitté l’archipel de Malte, avec perte et fracas. On ne saura jamais ce qui causa son éloignement, si ce n’est le besoin de s’éloigner, de ne pas rester coincée dans un rôle assigné : celui de reprendre le flambeau au magasin de fleurs de sa génitrice. De retour, et héritière directe, au grand dam de sa tante et de ses oncles, elle découvre que sa mère possédait trois terrains qui lui reviennent. Elle entreprend de les visiter afin de les évaluer et les revendre, et s’adjoint les services d’un vieillard local, Nenu. Celui-ci, non seulement connait le coin comme sa poche, mais il pratique le ghana, dont il est une des gloires.

À bord de la voiture rose de Mar, ces deux êtres en manque de lien découvrent la solidarité, l’amitié, la chaleur humaine… Et l’histoire maltaise dont certaines bribes apparaissent en noir et blanc à travers des archives d’époque, car Nenu, comme la plupart de ses compatriotes, est parti dans les années 1960 en Australie et finalement revenu, laissant au cœur de son épouse restée à Malte, de sa fille et de sa petite fille des blessures inguérissables.

Très inspiré de la vie de son interprète ici débutant, Nenu Borg, 80 ans au moment du tournage, l’œil malicieux et l’esprit vif (« spirtu pront », comme les joutes auxquelles il s’adonne), le film lie deux destins, deux façons de voir le monde, les racines et la transmission. La comédienne Michela Farrugia, forte et fragile, et qui chante aussi, lui donne la réplique avec délicatesse. Le duo fonctionne à merveille et nous entraîne en un voyage dépaysant où la beauté des lieus, parfois désolés, côtoie une modernité tonitruante, irrépressible. C’est l’histoire d’une île mal connue qui pourrait sombrer dans la mer et dans l’oubli, s’il n’y avait, encore, la possibilité du respect et de l’amour.