

Lamia et Saeed, neuf ans, sont embarqués dans une quête complexe pour rassembler les ingrédients nécessaires à l’élaboration d’un gâteau pour la fête d’anniversaire de Saddam Hussein, que leur petite école du sud de l’Irak organise. Une nouvelle image du pays entre le Tigre et l’Euphrate, que dévoile Hasan Hadi dans un premier film d’une rare maîtrise, Caméra d’or au dernier Festival de Cannes.
Représenter l’Irak au cinéma, c’est bien souvent faire un film de guerre américain. De Green Zone de Paul Greengrass (2010) à Warfare d’Alex Garland (2025), en passant par American Sniper de Clint Eastwood (2014), les exemples sont légion. L’Irak est ainsi presque toujours une terre dangereuse et étrangère, souvent désertique, à la géographie floue. Si Le Gâteau du Président, premier film d’Hasan Hadi, cinéaste irakien qui vit et travaille aux États-Unis, débute par un plan sur des avions de chasse transperçant un paysage urbain, sa caméra effectue un léger mouvement et, au fil du panoramique, découvre des habitants négociant le prix de quelques tomates. Par ce magistral plan d’ouverture, le cinéaste dévoile tout son projet : montrer le hors-champ de la guerre, s’intéresser aux habitants de ce pays, qui sont si souvent absents des films où des marines arpentent des faubourgs en ruine.
Nous sommes dans les années 1990. Les derniers feux de la première guerre du Golfe brûlent encore. Saddam Hussein est président de la République d’Irak depuis longtemps, et pour pas mal de temps encore. Ce sont les années de l’enfance d’Hasan Hadi, dans le sud du pays, près des fameux marais mésopotamiens, considérés comme le berceau de l’humanité. Ces villages marécageux, où vivent les protagonistes du film, sont si cinématographiques que l’on s’étonne de les avoir si peu vus au cinéma. Hasan Hadi répare cette injustice en offrant des séquences sublimes, qui donnent envie de découvrir l’Irak autrement que comme le lieu de travail de l’armée américaine.
Pour explorer et donner à voir la contrée de son enfance, le réalisateur reprend les codes, un peu faciles mais toujours efficaces, du film d’aventures à hauteur d’enfant. Ainsi, tout en critiquant l’absurdité d’une dictature dont on connaît davantage la chute que le règne, le cinéaste signe un film haletant, porté par deux jeunes acteurs non professionnels particulièrement émouvants. Les qualités de ce film sont si nombreuses que l’on a du mal à croire qu’il s’agit d’un premier geste de long-métrage. Professeur associé de cinéma à l’université de New York, lauréat de nombreuses bourses prestigieuses, Hasan Hadi est en réalité loin d’être un amateur. Avec ses personnages secondaires saisissants, le rythme de son écriture et de son montage, son image superbe (il faut aussi saluer le travail du jeune chef- opérateur roumain Tudor Vladimir Panduru, déjà à l’œuvre sur R.M.N. de Cristian Mungiu), l’efficacité de son récit (vertigineuse lorsqu’on se souvient que le contexte est réel — oui, les écoles irakiennes organisaient des fêtes en l’honneur de l’anniversaire du président en pleine pénurie alimentaire), Le Gâteau du Président impressionne. Si on peut lui reprocher de parfois chercher un peu trop à plaire, le film réussit néanmoins le délicat exercice d’équilibriste entre un contexte original et passionnant, une mise en scène parfaitement maîtrisée et un récit très accessible, qui plaira autant aux cinéphiles occasionnels qu’aux amateurs d’un cinéma exigeant. Ce qui fait peut-être du Gâteau du Président le film qui manquait dans l’histoire de la représentation de l’Irak au cinéma.
Pierre Charpilloz
