Disparition de Diane Keaton (1946-2025)

La Dee Dah

Avec Diane Keaton, décédée le 11 octobre à l’âge de 79 ans, tout un pan de notre cinéphilie et de notre jeunesse s’envole. Heureusement, il reste les films.

Elle était unique. Diane Keaton était cette femme forte, drôle, brillante, traversée de contradictions et iconique, qui, avec cette silhouette androgyne – pantalon ample, chemise cravate et chapeau cloche –, avait conquis nos cœurs. Cette grande amoureuse (Woody Allen, Al Pacino, Warren Beatty, furent ses compagnons) était aussi une femme libre, célibataire et sans enfant.

Elle était devenue et est restée pour toujours, en 1977, Annie Hall dans le film de Woody Allen. Ce qui signifie qu’elle s’était imposée elle-même dans ce personnage totalement inspiré de sa vie : Hall est son patronyme de naissance et Annie, l’un de ses surnoms ; elle était chanteuse de jazz ; la fantaisie et les névroses du personnage ressemblent aux siennes. Et « La Dee Dah » était sa phrase fétiche quand les mots manquaient.

En petite amie, puis épouse effacée de Michael Corleone (Al Pacino) dans la trilogie du Parrain de Francis Ford Coppola initiée en 1972, elle devenait soudain, au deuxième épisode, celle qui proférait « Abortion, abortion » (avortement, avortement) en annonçant à son ex-futur que leur liaison était aussi interrompue que la grossesse dont elle lui avait caché l’issue. « I did not want your son. I did not want to bring another one of your sons in this world / Je ne voulais pas de ton fils. Je ne voulais pas mettre au monde un autre de tes fils. »

De même dans À la recherche de Mister Goodbar de Richard Brooks en 1977, elle est cette jeune femme tentant d’échapper à une éducation rigoriste et une vie toute tracée, hantant les bars louches la nuit en quête du plaisir sexuel. Très drôle chez Woody Allen depuis  Tombe les filles et tais-toi (1972) jusqu’à l’épatant Meurtres mystérieux à Manhattan (1993) – et en passant absolument et définitivement par Annie Hall, donc -, elle y était aussi mélancolique, rêveuse, colérique, dans Intérieurs et Manhattan.

Elle s’appelait Diane Hall et prit le nom de sa mère, Keaton, rien à voir avec Buster, et pourtant, le burlesque était collé à ses basques et ses baskets. Sans retrouver les apothéoses de ses débuts, elle a illuminé des comédies réussies, de Baby Boom (1987) à Morning Glory (2010) en passant par Tout peut arriver (2003).

Passée productrice, elle avait contribué à l’existence du chef-d’œuvre de Gus Van Sant, Elephant, Palme d’or au Festival de Cannes 2003. En 1987, elle avait signé un documentaire, Heaven, qui posait la question de la vie après la mort. C’était singulier et inattendu, même si ses fictions suivantes derrière la caméra étaient moins originales. La vie après sa mort continuera à être ponctuée de son rire et de son sourire, des ruptures de ton dans son phrasé mélodieux, de sa façon parfois de se pencher et se plier en deux pour un aparté comique ou, au contraire, très sérieux. Dans ces films que nous avons tant aimés.

 

Isabelle Danel