La Vie d'une femme

Scènes commentées #3

La réalisatrice Charline Bourgeois-Taquet commente cinq scènes extraites de son deuxième long-métrage, La Vie d’une femme, une exploration sensible des raisons et sentiments féminins, portée par deux actrices exceptionnelles, Léa Drucker et Mélanie Thierry.

ÉPISODE 3 : LE DÉMÉNAGEMENT DE L’HÔPITAL

 

« Encore une scène difficile à tourner. Décidément, vous mettez le doigt sur toutes celles qui ont été compliquées ! Léa devait jouer sur ce parking au milieu des camions de déménagement et de tous les figurants avec leurs brancards, et on n’avait évidemment pas pu répéter. Donc là, j’ai un peu fait confiance à la vie, au cinéma, à nous tous, en mettant Léa dans l’arène comme un gladiateur, et en lui disant « vas-y, nous avec Noé, on va faire plusieurs plans, plusieurs axes, plusieurs focales, mais en filmant toujours la scène en entier », avec l’enjeu que les camions ne l’écrasent pas pendant qu’elle jouait…
J’avais envie que Léa ait plusieurs visages, avec des plans très serrés et d’autres très larges, il fallait qu’on la voie dans cette relation très intime avec son adjoint, et qu’on assiste à l’effondrement d’une partie de sa vie professionnelle et privée, au milieu de l’effondrement général de l’hôpital et du service public, et les plans larges étaient là pour raconter ce chaos.
Quand je vois qu’au tournage ça ne prend pas tout de suite, que je n’obtiens pas exactement la nervosité et le degré de chaos que je veux, je ne suis pas inquiète parce que je sais que je vais aller dans tous les sens au montage. Et cette scène, c’est une des seules qui a gagné jusqu’à la toute fin du montage, en coupant toujours plus, en radicalisant à chaque fois. Ç’a été assez intense pour Léa, entourée de trente-cinq figurants qu’elle ne connaissait pas, de ces gros camions, avec plein de pages de texte, et une réalisatrice qui lui dit : « Vas-y, lance-toi, et si tu te trompes, je couperai dedans ». Ça peut être libérateur, mais aussi inhibant. »