
Coup de cœur absolu pour ce deuxième long-métrage de Rudi Rosenberg, un couple mère-fille, un petit frère, un chien, une quête du père obsessionnelle… Et tellement de délicatesse !
« En fait, mon père il veut me voir, mais il ose pas : ma mère, elle crie une tonne ».C’est ainsi que, sous l’œil attendri de sa meilleure amie, Abigaëlle réécrit l’histoire de sa famille de guingois. Soit sa mère Erika et son demi-frère Yoni, né d’un autre homme lui aussi absent du foyer mais néanmoins présent pour son rejeton. Le géniteur d’Abi, lui, n’a jamais été là. Aux premiers plans du film, nous sommes en 1995, et Abi, 7 ans, et Erika crient son nom -Antoine – sous ses fenêtres. « On te demandera rien, elle veut juste te voir ». Ignorées, chassées, tandis qu’Erika fulmine et qu’Abigaelle rêvasse à leur ressemblance devant une photo, elles recueillent un chien sur le chemin du retour à Sarcelles.
Baptisé Vanille, bien que ce soit un mâle, l’animal aime le camembert, est très joueur et colmate en partie les chagrins d’Abigaelle. Sept ans plus tard, en 2002, Abi est une ado en révolte de plus en plus obsédée par ce père qu’elle recherche toujours sans relâche… alors qu’il n’a jamais répondu à aucune lettre. Désormais, les réseaux sociaux peuvent lui fournir plus d’informations. Et, donc, plus de déceptions…
Quelques mots d’amour est le deuxième long-métrage de Rudi Rosenberg, onze ans après Le Nouveau, qui traitait déjà de l’adolescence. Entre drame et comédie, le dosage est délicat et parfaitement équilibré. Très bien écrites, les situations vous serrent le cœur (les grands-parents discriminants) ou vous font pleurer de rire (le voisin/psy et sa définition de « father issue »). Il faut dire que le regard du metteur en scène est tendre tout en restant à bonne distance : comme sa caméra, jamais intrusive, toujours frontale et discrète. Les dialogues fusent, le petit frère apporte de la légèreté (ainsi que la scie musicale « Les Rois du Monde » !), et ce portrait d’un duo mère-fille, ancré dans une époque et un contexte social bien définis, est d’une justesse bouleversante. Il est porté par deux actrices flamboyantes : la débutante Nour Salem, pure révélation, et Hafsia Herzi, épatante en mère oscillant entre le désir d’aider sa fille et la certitude de l’impasse dans laquelle elle s’engouffre. Sans oublier le chien Vanille, berger Mudi et personnage à part entière, faisant avancer l’action : il provoque un final d’anthologie qui vous tirera des larmes.
Isabelle Danel
