Disclosure Day de Steven Spielberg

Vers un éveil collectif

Plus de cinquante ans après avoir filmé le jeune Elliott cachant l’identité d’E.T, Steven Spielberg revient aux extraterrestres. Mais cette fois-ci, le monde entier s’apprête à découvrir leur existence, dans un long-métrage mêlant profondeur et efficacité.

 

Il est savoureux d’être encore agréablement surpris par l’œuvre d’un cinéaste aussi établi que Steven Spielberg quand il s’empare d’une thématique aussi souvent déclinée sur grand écran. Disclosure Day (le jour de la révélation) évite les écueils dans lesquels un blockbuster sur les extraterrestres aurait pu tomber. La « rencontre du troisième type » s’y révèle plus empathique que sensationnaliste : elle tient compte de notre limitation psychique à appréhender une conscience d’une nature tout autre que la nôtre.

Il est moins question d’un passage en force que d’une ouverture progressive vers une forme nouvelle de réalité. L’étrangeté commence lorsque Margaret, une présentatrice vedette de la météo incarnée avec candeur par Emily Blunt, reste bouche bée devant un oiseau (apparemment) égaré dans son appartement. Dès lors, son rapport au monde se transforme : elle parle des langues qu’elle n’a jamais apprises et sonde les pensées et états d’âme des personnes qu’elle croise. Quand sa voix se met à produire en direct à la télévision une série de cliquetis inconnus, quelques individus déjà informés de la présence extraterrestre comprennent alors qu’elle sera leur messagère attitrée. Sans comprendre pourquoi, elle voit soudain sa vie menacée par ceux qui combattent une pareille révélation.

C’est là que le thriller s’enclenche. Le cinéaste américain déploie un récit mené tambour battant, construit en montage parallèle autour des partisans et des adversaires de la divulgation. Même si le scénario écrit par David Koepp au terme de quarante-deux versions (un record dans sa carrière !) semble relativement conventionnel sur le plan dramaturgique, il séduit par l’attention qu’il porte à chaque personnage poussé à redéfinir ses croyances. Pour la pieuse Jane (Eve Hewson) ou le machiavélique Noah (Colin Firth), il s’agit de reconnaître leur petitesse face à la vastitude du monde et d’accepter l’avènement de l’inconnu.

À rebours d’une science-fiction invraisemblable, Disclosure Day revendique un ancrage réaliste. Le film met en lumière la diversité des réactions humaines – fascination, peur, combat – face à ce qui relevait jusqu’alors de l’impensé, voire de l’impensable.

Lorsque l’intrigue se resserre finalement autour de l’amnésie traumatique vécue par Margaret et Daniel (Josh O’Connor) durant leur enfance et que nous voyons enfin un extraterrestre touchant un être humain, nous voilà démunis à qualifier les intentions de cet Autre aux grands yeux noirs : est-il notre ennemi ou notre ami ? En laissant cette interrogation en suspens, Steven Spielberg suggère que l’enjeu est peut-être moins de juger l’Autre que d’apprendre à l’accueillir.