ChaO de Yasuhiro Aoki

Le style avant tout !

ChaO est un élan de cinéma d’animation libéré de tout carcan, à mille lieues de l’illustration sagement conforme. Libre adaptation de La Petite Sirène, le film de Yasuhiro Aoki (prix du jury à Annecy) prend appui sur un conte connu pour mieux s’en éloigner par le dessin, la matière, la fantaisie, et faire de son scénario un tremplin vers un grand désordre joyeux.

Dans un monde où humains et sirènes coexistent, Stephan, employé banal, croise la route de Chao, princesse venue d’un royaume marin, et se retrouve entraîné dans une romance impossible, dont la logique importe moins que l’énergie. Le récit avance sans jamais prétendre à la surprise absolue : il est convenu, parfois prévisible, mais il assume surtout sa fonction de rampe de lancement pour un délire de personnages, d’images et de mouvements.
Ce qui emporte l’adhésion, c’est la mise en scène de Yasuhiro Aoki, foisonnante, vive, presque tactile. Son trait à la main, libre et spontané, s’éloigne avec bonheur des normes du manga pour retrouver quelque chose de la fantaisie de Bill Plympton et de la grâce de Sylvain Chomet. Cette liberté saillante est devenue rare dans l’animation japonaise contemporaine. Cette matière dessinée respire, trébuche, s’amuse et donne à chaque personnage une singularité immédiate.
La direction artistique de Hiroshi Takiguchi fait circuler le merveilleux dans un décor urbain inspiré de Shanghai, où l’eau, les lumières couchantes, les reflets et les élans de la ville composent un espace mouvant, presque ivre de lui-même. Le film trouve alors sa plus belle évidence dans cette oscillation permanente entre le réel et le conte, entre le quotidien d’un homme ordinaire et l’irruption d’un imaginaire marin débordant tout.
On rit souvent, on s’étonne sans cesse, et l’on se laisse gagner par la drôlerie d’un univers qui ne cherche pas à être plus profond qu’il n’est, mais à offrir un vrai moment de cinéma, singulier, brillant, un peu fou. ChaO de Yasuhiro Aoki n’est peut-être pas un film qui se distingue par son récit, mais par la manière dont il le dessine, l’habite et le transforme en pur plaisir visuel.

Olivier Bombarda