Arco de Ugo Bienvenu

Over the rainbow

Révélé à Cannes avant d’être couronné du prestigieux Cristal au Festival d’Annecy, Arco poursuit son éclatant parcours jusqu’aux salles obscures, semant sur son passage de lumineux arcs-en-ciel. Premier long-métrage d’Ugo Bienvenu, déjà remarqué dans la bande dessinée, le clip et la mode, ce film d’animation séduit petits et grands, qu’on cherche à se divertir ou penser le monde.

Un orage gronde lors d’une impressionnante tempête. Pendant que le monde semble se craqueler, une musique résonne : Sunshine, Lollipops and Rainbows (Lesley Gore). À première vue, de la pop californienne ensoleillée pour accompagner cette météo capricieuse pourrait sembler bien ironique. Pourtant, chaque maison est recouverte d’une grande bulle protectrice, qui permet à chacun de continuer à faire des barbecues dans le jardin comme si de rien n’était. Bienvenue en 2075, un futur si loin et pourtant si proche.

La découverte de cette société, ressemblant fortement à notre époque avec des technologies plus avancées, se fait via Arco, un jeune garçon qui débarque dans ce monde qu’il ne connaît pas. Le film traverse librement les temporalités, puisque ce héros vient d’un futur bien plus lointain, où l’on se déplace dans le temps grâce à des combinaisons arc-en-ciel. Si dans Le Magicien d’Oz, aller au-delà (Over the Rainbow), c’est accéder à un nouveau monde magique, le film met ici en place une logique contraire. En passant d’une société aux contours parfaits à notre monde au bord de l’apocalypse, Arco, avec sa tenue à sept couleurs, n’a qu’une envie : rentrer chez lui. Une fois ce cadre posé, le récit avance au gré des multiples tentatives de retour et la science-fiction se double d’un récit d’aventures. Arco rencontre Iris et ces deux-là ne peuvent que s’entendre, puisqu’en espagnol, les deux prénoms assemblés sont l’exacte traduction d’arc-en-ciel. La jeune fille devient une sorte d’alter ego qui va l’introduire aux fantaisies de cette fin de XXIᵉ siècle. Parmi elles, il y a par exemple cette multitude de robots qui peuplent son quotidien. Professeurs, policiers, ouvriers… tout est technologique, jusqu’à l’indispensable Mikki, robot domestique qui gère la maison pendant que les parents travaillent dans une autre ville.

Visuellement, Arco rappelle l’animation japonaise et Miyazaki n’est jamais très loin dans l’usage des couleurs, l’importance de la nature et le récit à hauteur d’enfant. Le cinéaste reprend aussi des codes de son propre univers. Le robot Mikki, par exemple, était déjà présent dans certains de ses clips ou sa bande dessinée Préférence système, dont Arco semble prolonger l’univers (réflexions sur l’avenir, androïdes ou cette idée de la transmission au cœur du film).

Plus globalement, Ugo Bienvenu entrelace des références allant du jeu vidéo à la série animée, tissant un univers cohérent où se croisent nostalgie pop et imaginaire futuriste. Entre un clin d’œil à Interstellar (Christopher Nolan, 2014) ou aux Sims avec ce diamant vert omniprésent, on rencontre aussi les hilarants Dougie, Stevie et Frankie, joyeux souvenirs des méchants losers de la Team Rocket de Pokémon, campés ici par les voix de Vincent Macaigne, Louis Garrel et William Lebghil en pleine forme. Dans cette aventure, Arco convoque aussi la philosophie avec ce passage dans une caverne qui nous renvoie à Platon et désigne cette humanité de 2075 comme impuissante malgré les innovations de l’époque.

Découvrir Arco à l’âge de ses personnages, c’est l’assurance de trouver un film presque fondateur, tant par son histoire que par ses images, dans lesquelles on resterait immergé bien après la séance. Le découvrir à un âge plus avancé n’enlève rien à sa magie. Au contraire, l’histoire se charge d’une portée politique. En montrant une société qui s’effondre et une autre, plus loin encore, où tout semble serein, le film navigue à contre-courant de toutes les dystopies actuelles. Faire de la science-fiction positive, c’est aussi se projeter dans un futur désirable. Et, si le présent n’est souvent pas à la hauteur, Arco est là pour nous rappeler qu’au bout du tunnel, il peut y avoir de la lumière.

 

Léo Ortuno