

John Lennon: The Last Interview de Steven Soderbergh reconstitue la dernière conversation intime de John Lennon, enregistrée le 8 décembre 1980 sur cassette audio dans l’appartement new‑yorkais qu’il partageait avec Yoko Ono, pour la promotion de Double Fantasy. Le film restitue l’entretien dans son intégralité et l’entoure d’archives, de retours au présent et de respirations visuelles afin d’en déployer toute la portée.
Le principe est ambitieux : faire circuler cette conversation mythique dans le temps. D’un côté, la parole nue de Lennon et Ono — dense, sans filtre — qui parlent musique, politique, couple, paternité, travail et avenir. De l’autre, images d’archives et fragments contextuels, parfois concrets, parfois oniriques, qui ne se réduisent pas à illustrer, mais fabriquent une matière cinématographique. Le film avance par va et vient entre le document brut et sa résonance contemporaine.
Fascinante, la liberté de ton de Lennon frappe par son actualité, notamment sur les rapports hommes femmes ; sa vision, parfois utopique, sonne comme une proposition de monde à réinventer. La paternité occupe une place centrale : il en parle longuement, avec une gravité tendre. La comparaison avec Burt Reynolds, longtemps perçu comme l’archétype du macho, devient savoureuse et ironique — preuve que la réflexion sur le père peut surgir là où on ne l’attend pas.
Yoko Ono donne au duo une autre assise : son rapport à l’indépendance, au travail et aux femmes élargit la conversation. Ensemble, ils produisent une pensée à deux, une manière de tenir le présent sans l’enfermer dans le folklore du couple médiatique — et le film en fait l’un de ses axes les plus riches.
Soderbergh organise le tout avec précision : les archives accompagnent, relancent et respirent, créant un fil hypnotique maintenant l’attention. Le montage ménage pauses, ellipses et petites fulgurances poétiques, de sorte que l’interview devient un voyage. Enfin, le film recueille le témoignage des trois journalistes à l’origine de cet entretien, et atteste de l’importance qu’il aura eue dans leur vie. Soderbergh, en redonnant à entendre la dernière interview de Lennon, montre avec talent ce qu’une voix peut contenir quand elle envisage encore l’avenir, juste avant que le destin ne l’arrête brutalement.
Olivier Bombarda
