

Les réalisatrices Lise Akoka et Romane Gueret commentent cinq scènes extraites de leur deuxième long-métrage Ma frère, feel good movie solaire et généreux, et variation rafraîchissante sur le film de colo, avec une bande d’interprètes aux petits oignons.
Scène 5 : Le témoignage de la vieille dame
« La sortie pédagogique fait partie des grands moments de colo. On avait envie de tordre le cou aux souvenirs de visites un peu nazes, et du musée de la pantoufle et de la charentaise de Nos jours heureux de Nakache et Toledano, pour honorer plutôt ces activités souvent très enrichissantes. Quand on va dans le Vercors, on parle de la Seconde Guerre mondiale. Comme avec la soirée Tu préfères, c’était intéressant de faire une parenthèse qui sorte un peu du récit, mais qui permette de raconter beaucoup, sur des sujets qui reviennent : la vie, la mort, les parents, la maternité, la transmission, le temps qui passe, la peur. C’était beau aussi que les enfants, presque ingérables depuis le début, puissent être captivés par un témoignage aussi fort, faisant écho aux guerres actuelles et permettant de tout remettre en perspective. Voir ces gosses, de toutes couleurs, origines et cultures, écouter cette femme représentait un message puissant. Nous avions à cœur de montrer toutes sortes de physiques et de corps peu visibles au cinéma, dont cette nonagénaire si vive d’esprit. Hélène Akierman a traversé, en tant que petite Juive, cette page de l’Histoire. Son père a été déporté, mais ce qu’elle raconte dans Ma frère n’est pas son propre parcours, c’est celui de la grand-tante de Lise. Nous lui avons proposé de s’approprier la biographie d’une autre et elle a accepté. C’est donc un récit en forme d’hommage.
Le décor a été une contrainte, car ce mémorial de la Résistance à Vassieux-en-Vercors – dont on a fait un lieu de mémoire de la Shoah – est situé en haut d’une montagne. Sur la route à lacets qui y accède, tous les enfants ont vomi dans les mini-bus, c’était une catastrophe ! Ils étaient dans un état pas possible, mais finalement, le fait qu’il soient un peu sonnés a nourri la scène. Nous avions aussi envie de raconter comment, quand les gosses se prennent des chocs d’émotion, une catharsis s’opère par la parole. Ils ont besoin de faire sortir des choses, de partager la mort de tous les gens qu’ils connaissent, de roter, de rire, etc. Nous souhaitions montrer comment ils se réapproprient ce témoignage et peuvent quand même s’amuser. Le sujet de la mort est récurrent dans le film, avec l’épisode de la grenouille, et des séquences où l’on sent que la question de la finitude les attire, comme tout être humain. »
Propos recueillis par Olivier Pélisson
