Ma frère

Scènes commentées #4

Les réalisatrices Lise Akoka et Romane Gueret commentent cinq scènes extraites de leur deuxième long-métrage Ma frère, feel good movie solaire et généreux, et variation rafraîchissante sur le film de colo, avec une bande d’interprètes aux petits oignons.

 

Scène 4 : La soirée “Tu préfères” au coin du feu

« C’est la séquence qui nous a donné le plus de fil à retordre à l’écriture, en mise en scène et au montage. Le défi au scénario était de construire un point culminant, un climax dans la relation d’amitié entre Shaï et Djeneba. Il y a une sorte de rupture que l’on sent monter tout le début, jusqu’à ce moment de chronique en clin d’œil à notre série télévisée Tu préfères. Au tournage, c’était la scène la plus difficile à jouer pour Shirel Nataf. Elle est très immédiate, très instinctive, jamais fausse, elle chope des émotions délicates en deux secondes, mais quelque chose bloquait, et cela a pris du temps pour trouver l’intention dans laquelle elle se sentait bien. Nous avions aussi à cœur de faire tenir ce débat philosophique, politique, léger et débile à la fois entre des enfants, et que tout existe dans un même moment. Mais la matière des débats et des joutes verbales entre gosses, qui venait de notre travail d’immersion avec eux en amont, et de la série Tu préfères, était énorme. Nous voulions mettre tout ce qui nous faisait rire, et ce fut un sacré boulot de ne garder que ce qui faisait écho aux sujets du film.

Techniquement, c’était un petit bazar, car on n’a pas le droit de tourner de nuit avec les enfants. Nous avons dû filmer la séquence sur deux jours, et c’était très compliqué en termes de raccords, pour les remettre exactement dans la même énergie, sans oublier les costumes, les déplacements, et le fait qu’ils repartaient à vingt-trois heures. On tournait ensuite avec les adultes, que nous aidions en jouant les rôles des gosses à l’oreillette. Une première caméra était fixée sur des rails à 360 degrés autour du groupe, pour pouvoir attraper un grand nombre de choses avec un mouvement circulaire, et créer l’ambiance collective autour du feu de bois. C’est LA séquence où tous les gamins sont réunis. Une seconde caméra, légère et mobile, allait chercher les détails, les doigts, les chamallows, les sourires, et filmait les champs-contrechamps. À l’oreillette, l’une de nous s’occupait du jeu, et l’autre des techniciens et du chef-opérateur, pour encadrer cette chorégraphie demandant vision et organisation. Au montage, nous n’arrivions pas à trouver le bon angle et le juste équilibre entre les différents points de vue. Cela nous a pris des semaines. À la toute fin, nous avons compris que ce qui fonctionnait, c’était de se placer dans le regard des enfants. »

 

Propos recueillis par Olivier Pélisson