

Avec son onzième long métrage, Pierre Salvadori ouvre, hors compétition, le 79e Festival de Cannes. La Vénus électrique est une comédie emballante sur l’illusion, le mensonge et la croyance.
Paris, 1928, une foire, une fête foraine. Parmi les contorsionnistes, les sœurs siamoises et la femme à barbe, un bonimenteur annonce sous des ampoules formant les mots « VENUS ELECTRIFICATA », la Vénus électrique, une jeune femme dont les baisers, pour quelques sous, provoquent le coup de foudre : « le trouble, la vibration, le vertige et l’extase ». Ce colosse nommé Titus harangue ainsi la foule, où se mêle badauds curieux, enfants gourmands et « gueules cassées » de la guerre 1914-18 en uniforme bleu délavé : « Juste des émotions, juste des sensations » !
C’est donc, d’entrée de jeu, le pacte que Pierre Salvadori (Les Apprentis, Hors de prix, Dans la cour, En liberté !) signe avec les spectateurs : il faut croire aux histoires, se laisser happer par la fiction. Soit Suzanne (Anaïs Demoustier), jeune foraine et « attraction » donnant son titre au film, qui, s’étant glissée un soir dans la roulotte d’une voyante pour y chaparder à manger, croise la route du peintre Antoine Balestro (Pio Marmaï), veuf inconsolable (et très éméché) d’entrer en contact avec sa défunte épouse, Irène. Pour quelques sous, elle improvise un bobard et Antoine en redemande. De ce premier quiproquo découle toute l’intrigue faite d’escalade du mensonge : par besoin d’argent d’abord, aidée par Armand (Gilles Lellouche), le marchand d’art et ami d’Antoine qui voit là la possibilité que celui-ci se remette enfin à peindre et lui donne des éléments pour alimenter ses « visions », Suzanne entre littéralement dans la vie du jeune homme, découvre son amour et ses souvenirs. Puis, munie du journal intime d’Irène (Vimala Pons), elle se substitue peu à peu à l’être aimé et… tombe amoureuse d’Antoine… En dire plus serait criminel, tant le scénario recèle de trésors inattendus.
La musique de Camille Bazbaz, compositeur régulier des films de Salvadori, est délicate et mélancolique, entre piano désaccordé et limonaire. Elle donne le ton funambule de cette fable douce-amère et virevoltante, drôle et intelligente, dont les couleurs chatoyantes et les récits enchâssés créent du vrai avec du faux, et réciproquement. Pour son onzième long-métrage, Pierre Salvadori se projette dans l’univers des années folles, mais continue à creuser le sillon de ses obsessions : ses personnages, comme toujours, sont menteurs, tricheurs, manipulateurs, perdus, malheureux, obsessionnels. En mode survie, ils franchissent parfois les limites, mais par-delà le bien et le mal, leur chemin les mène vers la conscience et l’amour.
Par Isabelle Danel.
