

Feel good movie solaire et généreux, le deuxième opus long de Lise Akoka et Romane Gueret brille par son alliance de vitalité, de drôlerie et de sensibilité inclusive. Une variation rafraîchissante sur le film de colo, avec une bande d’interprètes aux petits oignons.
Le duo Lise Akoka / Romane Gueret a du flair. Repérer les talents en herbe, associer les énergies, construire des parcours riches en confrontations et dialogues, capter les vibrations des êtres. Le court-métrage Chasse gardée, la série télévisée Tu préfères et le long-métrage Les Pires accueillent aujourd’hui une nouvelle recrue : Ma frère. Cette aventure colorée fait mouche en revisitant la fiction autour des colonies de vacances, en faisant régner le féminin, et en mêlant les genres. Comédie, teen movie, chronique estivale, portrait sociétal, récit d’apprentissage : la fresque collégiale ouvre les bras avec bienveillance. La réussite de cette fantaisie énergisante et émouvante à la fois tient à son sens de l’équilibre. Les cinéastes savent en effet doser les humeurs et tisser les lignes narratives. Les personnages abondent, des adultes aux enfants, mais la fluidité emporte le morceau, grâce à l’harmonie entre l’écriture, la mise en scène et le montage.
Les répétions et mises en condition préparatoires, le tournage à deux caméras (l’une fixée sur des rails autour des gosses, l’autre portée à l’épaule), et l’utilisation d’oreillettes pour l’équipe devant et derrière l’objectif débouchent sur une symbiose créative. La sensation de spontanéité fonctionne à merveille. Elle permet aussi de savourer les situations vives, tout comme d’assister à des joutes verbales décapantes, coécrites avec Catherine Paillé. Que l’humour domine ou que les interrogations sur l’épanouissement personnel et le vivre-ensemble taraudent les protagonistes, les mots deviennent des portes d’entrée pour faire circuler l’altérité. Avec parfois une émotion teintée de mélancolie, illustrée par le fil rouge musical du Mon enfance de Barbara. Un langage qui se moule parfaitement dans le glissement de l’urbanité parisienne vers la campagne drômoise. L’ouverture géographique offre en prime un élargissement aux cadrages habituels des réalisatrices, pour inclure les paysages autant que les visages, sous l’œil sensitif du directeur de la photographie Jean-François Hensgens.
Les peaux rayonnent, exprimant la diversité des individualités et la chaleur de l’été. Un écrin pour le quatuor ado de Tu préfères. Fanta Kebe et Shirel Nataf en tête, à la sensibilité tonique et chevillée au corps, accompagnées par la drôlerie de Zakaria Lazab et Mouctar Diawara. Plaisir de voir s’épanouir également une jeune génération tout-terrain, avec Idir Azougli, Yuming Hey et Suzanne de Baecque. Sans oublier Amel Bent, épatante de naturel en dirlo au grand cœur. Le cinéma de Lise Akoka et Romane Guéret fait le pari du collectif comme force de vie, face à l’ostracisme galopant. Un geste éminemment politique, qui trouve sa place via la collaboration artistique, pour mettre en valeur la singularité dans un jeu de regards et de questionnements simples, mais finalement profonds. La considération règne en maîtresse. Pas étonnant que le film s’intitule Ma frère, pour mieux jouer des codes et du patriarcat, en abolissant les frontières culturelles. Avec amour pour le masculin dans tout son éventail existentiel, cette douce épopée semble déclarer, comme Louis Aragon, que « la femme est l’avenir de l’homme ».
