La citation du jour

Quelques mots d'amour de Rudi Rosenberg

Certains dialogues à peine prononcés par un personnage à l’écran deviennent culte – c’est-à-dire qu’ils portent en eux notre envie de les réactiver avec la même tendresse renouvelée, la même envie de jouer la carte de la connivence avec celles et ceux pour qui la référence partagée fera jaillir d’emblée une image et une voix, bien vivantes toutes les deux.

 

Cette voix, en la circonstance, est double : c’est celle de l’auteur du film et de ses dialogues, Rudi Rosenberg (Le Nouveau), et c’est celle de son formidable interprète, Jean-Pierre Lahmi, acteur amateur au talent indéniable qui incarne Monsieur Mordehai, le psy d’Erika (Hafsia Herzi) dans Quelques mots d’amour. Dans ce face-à-face de part et d’autre d’un bureau, le thérapeute tente de trancher le nœud non pas gordien, mais borroméen irradiant dans cette famille, dont le père a déserté et refuse de poser les yeux sur sa fille. Mais… ce brave Monsieur Mordehai, qui va un peu vite en besogne, se prend les pieds dans le tapis, s’emmêle les pinceaux et formule ceci, pensant offrir une épiphanie à sa patiente sur un plateau doré à l’or fin :

"Daddy issue". Issue : père. Daddy : problème.

Soit un chiasme d’une drôlerie absolue, suscitant un éclat de rire immédiat chez le spectateur. Pourquoi ? Parce que celui censé éclairer la situation problématique ajoute une dose de confusion supplémentaire, et, à ses dépens, parle sans doute de lui-même (effet boomerang du contre-transfert en cours ?). De fait, il désamorce le mélodrame. Le rire, cette « politesse du désespoir », dame ainsi le pion à la mélancolie, l’empêche de gagner la partie, et fait triompher les pouvoirs créatifs de l’inconscient, auxquels s’associent ici la générosité et l’humour, soit un combo triplement gagnant.