

Ode à la vie, le sixième long-métrage signé Alain Gomis fait l’effet d’une lente transe. Une communion avec ce et ceux d’où l’on vient et vers quoi et qui l’on va. Quelque part entre l’amplitude et la plénitude, sur le territoire bouleversant de la transmission.
Réalisateur passionnant, Alain Gomis n’en finit pas d’enrichir nos visions cinématographiques. L’Afrance, Andalucia, Aujourd’hui, Félicité et Rewind & Play jalonnent son chemin lumineux, désormais enrichi par Dao. Une épopée existentielle, qui mêle l’individu au collectif, l’ici au là-bas, le passé au présent, la vie à la mort, à travers quelques heures du parcours d’une femme nommée Gloria. Un prénom fort et rayonnant, qui porte haut les héroïnes-titres de John Cassavetes ou Sebastián Lelio, et qui accompagne ici la protagoniste vers la réconciliation et l’apaisement d’un récit sur les rites et la transmission. Mêlant les langues française, manjak, wolof et créole portugaise, Dao est mouvement. Une vitalité profonde irrigue chaque scène, et deux grandes célébrations, matrimoniale et funéraire, nées de véritables événements vécus par le cinéaste à quelques mois d’écart. Un terreau réel qui a infusé progressivement dans le désir d’un nouveau film, pour lequel le temps de maturation a donné naissance à une durée narrative de trois heures.
Comme dans le récent et magnifique Le Rire et le Couteau de Pedro Pinho, la durée longue permet une immersion profonde. Le public peut avancer progressivement avec Gloria, sa fille et ses proches, et éprouver les séjours, d’autant plus que l’auteur a la bonne idée d’intégrer l’étape des essais et du casting dans son long-métrage. Coulisses et fiction se donnent la main entre la banlieue parisienne et la Guinée-Bissau, entre le duo central féminin (les révélations Katy Correa et D’Johé Kouadio) et les vedettes amies venues peupler le mariage (Samir Guesmi, Abel Jafri, Thomas Ngijol, Slimane Dazi, Jean-Christophe Folly, Nicolas Bouchaud). Cette aventure, née par étapes entre plusieurs projets d’Alain Gomis, finit par entêter, tant le rythme envoûte par les allers-retours entre les deux continents et les deux temporalités, par la fluidité vivace de la caméra, et par l’utilisation des différentes musiques saluant les nouveaux départs (du défunt, des mariés). En compétition à la Berlinale 2026, Dao diffuse son charme immédiat et reste en tête bien après sa vision.
Olivier Pélisson
