

À la poursuite des dernières cabines téléphoniques de France, la réalisatrice dresse le portrait d’un monde révolu. Voilà un documentaire ludique et passionnant.
Qu’est-ce qu’une cabine téléphonique ? Le vestige (pas si) ancien de nos communications passées. Un « vestiaire pour super-héros ». Un objet à la silhouette familière pour nombre d’entre nous et que les moins de quinze ans peuvent à peine connaître, car la plupart ont disparu.
La documentariste Floriane Devigne, collectionneuse dans l’âme, part à la recherche des dernières cabines de France, comme on se lance dans une enquête pour rire. Et c’est drôle parfois, ou au moins léger, quand la cabine sonne, mais qu’il est impossible d’ouvrir la porte lorsque la végétation y a repris ses droits ou quand elle est devenue boîte à livres… Mais tout cela dessine une tranche de vie nationale à l’aune de nos pertes : la fin du service public, l’isolement des campagnes, le changement de paradigmes dans nos liens aux autres.
Si Floriane Devigne n’insiste pas sur les nouvelles technologies, qui nous connectent tout en nous éloignant (à peine quelques plans où des voyageurs du métro sont rivés, tête en avant, à leur écran de téléphone…), ce road movie est émaillé de témoignages — en off, au bout du fil : très jolie idée ! — de spécialistes ou d’« utilisateurs » répondant pour la plupart à un appel de la réalisatrice sur les réseaux ou dans la presse. Les premiers partagent avec nous des analyses justes, les seconds égrènent leurs souvenirs de moments clés derrière les parois de métal et de verre. L’ensemble nous amène doucement à réfléchir, à reconsidérer, à regretter peut-être.
Sans donner de leçon, déployant un dispositif simple et efficace, bricolé parfois, Allo la France, mine de rien, est une balade nostalgique, profonde et nécessaire. Comme une pause dans nos vies accélérées.
