Météors de Hubert Charuel

Notre amitié nucléaire

Hubert Charuel revient avec Météors, huit ans après Petit Paysan (2017). Il signe un film explorant profondément les failles de la nature humaine, incarné par un trio de jeunes acteurs épatants.

Sélectionné à Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025, Météors sonde l’amitié progressivement toxique de trois jeunes hommes, Mika, Dan et Tony, pris dans les mailles d’un territoire en décomposition : la Haute-Marne, terre de désolation et de déchets nucléaires. En collaboration avec Claude Le Pape, Hubert Charuel construit un récit oscillant entre drame social, thriller et mélodrame, porté par une sensibilité brute. Le film s’ouvre sur l’interdépendance de trois garçons, accrochés les uns aux autres comme à une bouée de sauvetage : Tony (Salif Cissé), qui travaille dans le BTP, a la possibilité d’embaucher ses deux amis d’enfance, Mika (Paul Kircher) et Dan (Idir Azougli), dans un site de stockage de déchets radioactifs, véritable « poubelle nucléaire ». Mais derrière cette solidarité apparente se cache une relation complexe, marquée par l’allégeance, l’échec et l’impuissance. Dan, en particulier, lutte contre l’alcoolisme, une bataille intime à laquelle Mika tente désespérément de participer. Charuel et Le Pape explorent cette dynamique avec une justesse troublante, évitant les clichés pour montrer l’amour et la douleur de ces deux garçons extrêmement liés.

Météors de Hubert Charuel - Copyright Pyramide Distribution

Le casting participe beaucoup à la réussite de Météors. L’alchimie des trois comédiens, construite de toutes pièces, est telle qu’ils paraissent avoir grandi ensemble. Charuel a insisté sur l’importance de créer une « safe place » sur le plateau du tournage, où professionnels et non-professionnels (des proches, des parents) se mêlent et donnent vie à des personnages d’une authenticité rare.
Visuellement, Météors est un voyage nimbé de nuances de gris et pastel, grâce au travail de Jacques Girault, le chef-opérateur. Les images, tournées en 16 mm, possèdent une texture granuleuse renforçant l’atmosphère désolée du film. Les séquences particulièrement marquantes dans les tunnels souterrains où Dan s’enfonce (métaphore de son addiction) s’apparentent quasiment à de la science-fiction. Dans ce contexte, les auteurs ne jugent jamais leurs personnages, les observant toujours avec empathie, sans occulter leurs façons de s’intoxiquer pour survivre. Au bout du compte, si Météors s’avère être une histoire d’amour asphyxiante, la chute aboutit néanmoins à une forme de libération. Le film à la fois profondément humain, authentique et troublant, s’inscrit en nous à l’image même de son titre : brillant, lumineux, fulgurant.

Olivier Bombarda

 

À écouter aussi, l’interview minutée de Hubert Charuel par Jenny Ulrich