De la Comédie-Française

Vive le collectif !

Une troupe de prestige, une représentation imminente, des imprévus en cascade : De la Comédie-Française, premier long-métrage de Martin Darondeau et Bertrand Usclat, emballe par son humour irrésistible, ses interprètes virtuoses et sa vitalité contagieuse.

Le buste de Molière encadré de deux drapeaux français surplombe les mots « Comédie-Française » lisibles en lettres d’or sur le balcon de l’institution, Place Colette. La caméra part de ce haut patronage pour descendre en zoom arrière et donner à voir les passants devant l’entrée du « Français », qui, depuis trois cents ans, fait vivre et rayonner le théâtre de répertoire en plein cœur de Paris. Quand arrive une cycliste, Nina, qui se présente à l’accueil, vélo à la main, comme d’autres iraient pointer à l’usine. Un concierge procédurier, qui la voit pourtant chaque jour, lui réclame son badge, mais elle pense l’avoir oublié chez elle. Leur échange s’articule autour du quotidien et de ses aléas, prend des allures de pourparlers absurdes et installe d’emblée un espace de fiction où tout s’annonce possible. Car dans le rôle du cerbère, Guillaume Gallienne, l’une des vedettes de la maison ici déplacée derrière une vitre, fait merveille : son ton dictatorial, ses mimiques clownesques et sa gestion des silences déposent à l’orée du récit un programme où sont conviées les névroses de chacune et chacun, une course contre le temps façon Die Hard et la capacité à (se) surprendre et se surpasser.

De la Comédie-Française. ©-ATELIER-DE-PRODUCTION-COMEDIE-FRANCAISE-FRANCE-2-CINEMA

Nous voici autorisés à entrer dans les coulisses du vénéré théâtre de manière incongrue, grâce à un jeu de montage drôlissime et une actrice à la vis comica absolue : Pauline Clément, complice des réalisateurs, qui l’ont dirigée dans les programmes courts Broute et Moitié.e.s pour Canal Plus. Elle est Nina, cette comédienne et jeune maman jouant gros avec sa première mise en scène, dont les représentations débutent le soir-même. Le récit, scandé par les heures qui s’affichent à l’écran et qu’accompagne un ostinato de batterie, revêt des allures de parcours initiatique, où la sensibilité de Nina et la capacité d’adaptation de la troupe seront sans cesse chahutées face à une règle immuable : au Français, on n’annule une représentation sous aucun prétexte.

Menée tambour battant avec une fluidité grisante, cette comédie récompensée par quatre prix au dernier Festival de l’Alpe d’Huez, est un régal. On se délecte de ses dialogues ciselés, de ses trouvailles – de l’écriture des personnages (comme celui d’Adeline d’Hermy qui, ne saisissant rien à Macbeth, amuse et émeut à la fois) au jeu sur les détails (la scène où l’ouvreur, joué par Sefa Yeboah, tente de lui expliquer l’intrigue à grand renfort de sushis est formidable) -, et de ses actrices et acteurs qui s’en donnent à cœur joie. Émergent de ce film un élan vital communicatif, un amour du spectacle, de celles et de ceux qui en forment le cœur battant, et une foi dans le collectif capable de remuer des montagnes face aux contingences du réel. De la Comédie-Française est LA comédie de l’été, dont on ressort enchanté !

 

Anne-Claire Cieutat