

Les réalisatrices Lise Akoka et Romane Gueret commentent cinq scènes extraites de leur deuxième long-métrage Ma frère, feel good movie solaire et généreux, et variation rafraîchissante sur le film de colo, avec une bande d’interprètes aux petits oignons.
Scène 2 : L’entretien avec Sabrina
« Cette séquence était assez utilitaire dans le scénario. Nous avions besoin de cette rencontre en tête-à-tête avec Sabrina/Amel Bent, et il fallait comprendre sa fonction de directrice. Ce qui est génial, c’est qu’avec Shirel Nataf/Shaï, qui passe un entretien, cela devient hilarant une fois qu’on a répété, écrit et dialogué. Notre méthode de travail consiste à enregistrer de nombreuses improvisations avec les acteurs et actrices autour d’une séquence, puis nous les adaptons dans le scénario, pour qu’ensuite les comédiens apprennent les dialogues à la virgule près. Une double magie a opéré dans ce cas précis. À commencer par celle des oreillettes, avec lesquelles nous travaillons sur le tournage. Ce procédé nous permet d’essayer beaucoup de choses sur un temps long ou sur des prises très longues. Le dispositif étant techniquement posé dans ce moment de face-à-face assis en intérieur, nous pouvions expérimenter librement.
Cette scène est la dernière qu’on ait tournée. Il y avait donc une émotion très forte sur le plateau. L’équipe technique savait que tout serait fini après le mot « coupez », et les actrices étaient portées par cette énergie. C’était un condensé de leur personnage, qu’elles n’avaient pas envie de quitter. Elles étaient prêtes à tout donner, et nous aussi, car nous nous éclations à les diriger à l’oreillette et nous ne voulions pas que cela s’arrête. Nous nous sommes dit à la dernière prise qu’il fallait surprendre Amel. Nous avons soufflé à Shirel de la hold-upper total par sa tchatche, puis de quitter la pièce. La prise retenue a été la toute dernière filmée, et Amel a été exceptionnelle. Nous savions d’emblée que ce serait celle-ci au montage. Amel était habituée depuis des mois au travail à l’oreillette, et elle a rebondi comme une comédienne professionnelle de haut niveau. Elle est rentrée dans l’improvisation avec Shirel, et on était tous morts de rire. C’est un one woman show sur pattes ! Elle s’éclate quand elle lâche le costume de chanteuse, et qu’elle vient convoquer son adolescence à La Courneuve. C’était beau de la voir se sentir si libre en tant qu’actrice. »
Propos recueillis par Olivier Pélisson
