FEFFS 2025

Homme qui rétrécit et festival en expansion

La sortie en salle de L’Homme qui rétrécit version Kounen/Dujardin est l’occasion de revenir sur la 18e édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS), où il était présenté en ouverture, fin septembre.

A cette cérémonie, comme à celle de clôture, les difficultés du monde culturel, suite aux baisses de subventions, ont été mentionnées. Pour le FEFFS, cela s’est notamment traduit par l’annulation de la traditionnelle séance en plein air au pied de la Cathédrale et par des venues d’équipes moins lointaines que par le passé. Mais le travail de fond effectué au fil des années permet de palier cela : le public, cette fois encore, a plébiscité l’événement et les entrées continuent d’augmenter à chaque nouvelle édition.

Car malgré tout, le FEFFS 2025 ne s’est pas fait au rabais ! Outre les films, courts et longs, concourant dans les diverses sections, il y a eu le retour de la séance insolite, marque de fabrique du festival : après après Les Dents de la mer dans une piscine, Les Oiseaux au Musée zoologique ou L’Exorciste dans une église, c’était au tour de Freaks, la monstrueuse parade de se faire apprécier sous un chapiteau de cirque. Autre rendez-vous très attendu, la fameuse Nuit excentrique, en collaboration avec la Cinémathèque française, qui y apporte immanquablement ses plus hilarants nanars. Tradition toujours, la Master class avec l’invité d’honneur, cette année Alexandre Aja, également membre du Jury Fantastique et très généreux de sa présence avant chacune des séances de la rétrospective qui lui était consacrée.

Un second volet rétrospectif réunissait, sous le titre Fascifiction, onze films du passé qui ont pu être (re)vus à l’aune d’une époque où, malheureusement, ce qui relevait du cauchemar SF se réalise de plus en plus…

Nous vivons des temps chaotiques, cela s’est ressenti dans nombre des films en compétition. En réaction, une œuvre porteuse d’espoir et de lumière, Arco (Hugo Bienvenue, en salle le 22 octobre 2025), a donc été distinguée par le Jury Animation. Le jury Fantastique s’est, lui, laissé séduire par un projet original, Good Boy (Ben Leonberg, courte sortie technique le 10 octobre 2025), filmé du point de vue d’un chien qui lutte pour sauver son maître de forces obscures : le toutou est vraiment adorable, mais le résultat final plutôt anecdotique… Dans la section Crossover, l’espagnol Luger (Bruno Martin), centré sur un duo de malfrats embarqués dans une galère sans fin, est plus convaincant. D’une situation de départ galvaudée, on arrive à un final touchant, à défaut d’être vraiment renversant, tout en s’amusant beaucoup en chemin. Mais c’est pour le Prix du Public (qui a presque toujours raison), doublé du Méliès d’Argent, que notre cœur penche le plus fort, et l’on espère bien que The Holy Boy (Paolo Strippoli) sortira bientôt un France. Et tant qu’à faire, avec un titre plus proche de l’original, La valle dei sorrisi (La vallée du sourire). Car c’est bien dans une vallée italienne peuplée de gens étrangement souriants que vient se réfugier un personnage brisé. Là, il rencontre un jeune homme autour duquel tout et tous gravitent. Le réalisateur réussit à canaliser ici presque tout ce qui était encore brouillon et trop plein d’idées dans son précédent film, Flowing.

 

Mais et L’Homme qui rétrécit, alors ?! Et bien c’est une bonne surprise, surtout considérant les réserves préalables : Dujardin de nouveau petit ? Mais on a déjà vu ça dans Un homme à la hauteur (Laurent Tirard, 2016) ! Refaire une adaptation du récit de Richard Matheson après le bijou cinématographique livré par Jack Arnold en 1957 ?! Attention au sacrilège pour la cohorte de cinéphiles qui ont grandi (pardon) avec ce chef-d’œuvre !!! Mais grâce à une approche très respectueuse, Jan Kounen et Jean Dujardin livrent une nouvelle version tout à fait honorable. D’abord douce dans la description d’un quotidien familial harmonieux, puis efficace dans la progressive et inexplicable perte de centimètres du protagoniste, pour enfin toucher au plus élémentaire sens de la vie au fond d’une cave.

Au micro de l’interview minutée, le réalisateur dit la force du genre fantastique pour donner à réfléchir en ne changeant qu’un simple paramètre ; l’imaginaire de l’enfance est invoqué ; on rentre aussi dans quelques détails sur les solutions techniques trouvées pour rendre les différences d’échelle…