Club Kid de Jordan Firstman

Devenir père

Débordante de vitalité, cette découverte new-yorkaise invite à un grand huit émotionnel, et signe la confirmation que Jordan Firstman est un nom à suivre de près, à la fois devant et derrière la caméra.

C’est l’histoire d’une rencontre. Une association imprévue, qui débouche sur un film extrêmement attachant. Le premier long-métrage de Jordan Firstman, vedette des séries télé I Love LA et English Teacher, réussit en effet à diffuser le charme de son humanité. À la fois brut de décoffrage et doux dans sa peinture de la nouveauté relationnelle. Frontal dans sa description des nuits de clubbing déchaîné, et délicat dans son pas de deux entre père et fils. Pour reprendre la célèbre maxime de Simone de Beauvoir et la détourner vers l’enjeu de ce récit : « On ne naît pas père, on le devient ». Ce qui est très beau dans cette aventure est comment l’auteur construit sa narration sur l’apprentissage paternel grâce à l’enfant de dix ans. Le protagoniste Peter va progressivement s’ouvrir à une nouvelle part de lui-même par la présence nourrissante de son descendant, dont il ne connaissait pas l’existence. La cohabitation forcée va faire fondre les murs de l’inconnu.

En incarnant lui-même son héros trentenaire, Jordan Firstman lui apporte son vécu de fêtard et son expérience des nuits de la côte Est comme des clubs de Berlin, son sens des situations qui éructent, comme des silences et de la confrontation du cœur des hommes. Il faut dépasser la première partie en immersion fêtarde, justement là pour incarner la routine sans fin du clubber en overdose de tout. Faussement complaisante, elle n’en signifie que plus fortement la rupture de ton quand Arlo débarque du jour au lendemain dans son appartement et dans sa vie. Belle idée scénaristique, qui évoque les multiples rencontres imprévues adulte/gamin jalonnant l’histoire du cinéma (Le Kid, Alice dans les villes, Gloria, Un monde parfait, Central do Brasil, L’Été de Kikujiro), et les duos initiatiques parent/enfant comme La Barbe à papa de Peter Bogdanovich et Somewhere de Sofia Coppola.

La pulsation urbaine de « The Big Apple » est judicieusement retranscrite par les images d’Adam Newport-Berra, les compositions de Cristobal Tapia de Veer, le montage de Taylor Levy et Sofia Subercaseaux, et tous les sons mêlés. Quand Peter et Arlo chantent ensemble, l’alchimie rayonne. Formidable révélation que le tout jeune Reggie Absolom, confondant de maturité dans son jeu tout en intériorité. Épatante générosité sans filtre de Jordan Firstman, dans ce récit d’acceptation sur une révolution intime. Révélé à Un Certain Regard à Cannes et doublement primé à Deauville, Club Kid s’avère un Feel Good Movie inclusif et accueillant, alors que l’hiver pointe et que les dissensions fracturent notre planète.

Olivier Pélisson