

Diane Kurys s’attaque ici au genre à la mode : le biopic. Elle signe avec Moi qui t’aimais un film étonnant, presque miraculeux, sur Simone Signoret (Marina Foïs) et Yves Montand (Roschdy Zem).
Dès la première scène, la cinéaste de Diabolo Menthe assume son artifice : Marina Foïs et Roschdy Zem entrent dans leurs loges, se métamorphosent en se maquillant et s’habillant. La première en Simone Signoret, le second en Yves Montand. Ce parti pris assez audacieux instaure d’emblée une distance, comme pour nous dire : « Ceci n’est pas la vérité, mais une interprétation. » Et derrière ce « faux » évident, le film tisse presque à notre insu une émotion étonnamment authentique, un paradoxe saisissant. Par le choix délibéré de ne pas « faire vrai » en narrant l’histoire d’amour de deux icônes du cinéma français, un couple politique d’une autre époque aussi, Diane Kurys gagne son pari.
Marina Foïs, impeccable, incarne une Signoret passionnée, complexe et déchirée. C’est une femme malmenée, dont on ignore l’origine de la vraie blessure : est-ce la vieillesse, l’alcoolisme, son amour impossible pour un homme volage ou bien tout cela à la fois ? Marina Foïs trouve dans ce rôle une profondeur rare, mêlant force, vulnérabilité, arrogance et peur. Elle est tenue par son admiration sans limite – et de longue date – pour la star disparue. Derrière la caméra, Diane Kurys assiste extatique au miracle de son jeu.
On pouvait avoir des doutes à l’idée de Roschdy Zem incarnant Montand et pourtant il est splendide : il capte l’acteur-chanteur dans son charme ambigu, son phrasé, sa séduction insatiable et son insolence de velours. La complicité de Foïs et Zem à l’écran, renforcée par leur amitié réelle dans la vie, rend ce duo touchant et très crédible.
Le film se concentre sur les dernières années du couple, une période où passé et présent s’entrelacent, nourrissent et consument à la fois les liens entre ces deux-là : Montand, infidèle mais amoureux ; Signoret, blessée mais fière, refusant le rôle de victime. Leur relation est un champ de bataille émotionnel, où l’amour cohabite avec la haine, le mépris avec la gratitude. Diane Kurys réussit à montrer la force de cet amour si particulier, malgré les trahisons, les silences, les attentes, les mensonges. Autour d’eux, une valse de seconds rôles célèbres : Serge Reggiani (Thierry de Peretti), Jean-Louis Trintignant (Timothée de Fombelle), Nadine Trintignant (Léonor Oberson), Alain Corneau (Sébastien Pouderoux), Catherine Allégret (Raphaëlle Rousseau), François Périer (Vincent Colombe), chacun éclairant cette fresque de quelques anecdotes intimes et parfois, de rares faits politiques méconnus que l’on ne déflorera pas ici.
Pénétrant dans les coulisses d’un couple légendaire avec ses zones d’ombre et ses éclats, assumant son décalage avec l’authenticité historique, oscillant entre exactitude et romance, le film est parfois bancal ou pataud, mais toujours fascinant. Le « faux » danse avec « le vrai », étrangement vibrant de sincérité. En quittant la salle, on comprend que Moi qui t’aimais n’était pas un biopic, mais un regard porté sur le mythe que nous avons collectivement créé autour de Signoret et Montand. Et c’est précisément dans ses contradictions que le film révèle sa vérité la plus juste.
Olivier Bombarda
