Collapse (face à Gaza)

L’ampleur du désastre

Dans un kibboutz frontalier de la bande de Gaza, après le 7 octobre 2023, la réalisatrice filme le désastre. Mais bientôt, la question se pose d’intégrer le désastre qui se déroule de l’autre côté. Dans cette « guerre de vengeance », la colère, la douleur et la tristesse n’empêchent pas les morts, les bombes, l’anéantissement d’un pays par un autre.

Après l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, la réalisatrice se rend avec sa caméra dans le kibboutz de Nir Oz, où elle a jadis vécu. Dix-sept jours se sont écoulés lorsqu’elle filme les lieux déserts, seulement habités par des chats errants et des paons majestueux, les maisons détruites, le silence strié par les chants d’oiseaux. « Le désastre est gravé dans le paysage. », dit-elle en voix off.

De jour en jour, elle filme « l’irréparable, l’impardonnable. » Ce constat douloureux s’accompagne d’une autre question, que lui pose Ariel Cypel, son ami israélien resté à Paris, tandis que la riposte de Tsahal – les forces de défense d’Israël – va bien au-delà de la légitime défense : « Comment rendre compte de la situation à Gaza ? ».
Des oiseaux chantent tout près ; au loin, des missiles et des bombes à fragmentation lâchées depuis des avions explosent, des soldats se déploient, des camions militaires sillonnent la région, des chars énormes aplanissent tout sur leur passage. Aux lettres d’Ariel (crédité au générique comme coscénariste), lues en voix off, répondent de la même façon les lettres d’Anat. De cet échange émaillé d’interrogations légitimes sur la violence inouïe de la situation actuelle « sans précédent » naît un commentaire sensible et déchirant, qui accompagne des images postapocalyptiques, où la nature reprend ses droits.

Mais l’apocalypse continue : « Soixante mille morts, cinquante mille mutilés, dont le seul crime est d’être nés à Gaza : voilà l’arithmétique froide de la géopolitique. » Un médecin de Gaza envoie, lui aussi, des lettres qui rendent compte d’une partie de l’ampleur du désastre. « Des Juifs auteurs de pogroms, c’est insensé ! » C’est glaçant, inconfortable, mais nécessaire : un état des lieux qui hurle d’humanisme et prône une évidence (qui ne paraît pourtant pas si claire pour tout le monde) : « La guerre détruit notre avenir à tous ».

Par Isabelle Danel.