

La réalisatrice Charline Bourgeois-Taquet commente cinq scènes extraites de son deuxième long-métrage, La Vie d’une femme, une exploration sensible des raisons et sentiments féminins, portée par deux actrices exceptionnelles, Léa Drucker et Mélanie Thierry.
SCÈNE 5 : LA MISE SOUS TUTELLE DE LA MÈRE
« Avec ce film, je me suis éloignée de ma pente naturelle, qui est plutôt la comédie, le second degré, et donc j’ai eu beaucoup de plaisir à écrire cette scène qui est en partie comique. Mais il fallait faire attention, je ne voulais pas qu’elle le soit trop. Je le savais à l’écriture, mais c’est aussi quelque chose qu’on a constaté au montage avec mon monteur Clément Pinteaux : on ne pouvait pas se permettre de partir trop dans le burlesque, parce que ça risquait de nous éloigner des enjeux émotionnels liés à ce qui se joue pour Gabrielle dans sa vie privée. J’ai écrit le personnage de cette très jeune juge des tutelles en pensant à Suzanne de Baecque, que je ne connaissais pas personnellement, mais que j’avais découverte au théâtre il y a quatre ou cinq ans, dans La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux mis en scène par Alain Françon, et qui avait vraiment été un coup de foudre. Une découverte comme ça, c’est une fois tous les quinze ans… Suzanne est un génie comique. J’avais absolument envie de la rencontrer et de la filmer. Et dès les essais, elle a été parfaite et hilarante. Elle a ajouté des tas de petites mimiques et de petits gestes qui étaient vraiment savoureux. Sur le tournage, j’ai eu plusieurs fois des fous rires derrière la caméra !
Cette scène, c’est aussi la découverte du personnage de la mère, et de la relation que Gabrielle a avec elle. Un des points de départ de l’écriture, c’était la conviction qu’on n’est jamais exactement la même personne selon les contextes et les interlocuteurs. En l’occurrence, à l’hôpital, Gabrielle c’est Dieu, mais dans sa famille, pas du tout, au contraire ! Sa mère ne cesse de lui envoyer des piques. Par ailleurs, on assite à une inversion du rapport parent/enfant, assez courante quand on arrive à l’âge qu’a Gabrielle. La scène commence avec cette femme âgée, sans qu’on sache de qui il s’agit, ni où on est, et sans qu’on voie Gabrielle. J’aimais bien qu’elle ne soit pas là pendant quelques secondes, que ça égare un peu le spectateur et que, au bout de quelque temps, on la découvre lorsque la juge des tutelles l’interroge du regard au sujet de remarques étranges de sa mère, dont on comprend qu’elle a Alzheimer. Marie-Christine Barrault a tout de suite trouvé la versatilité liée à cette maladie, l’alternance de moments d’égarement, de perplexité, de méchanceté, de joie, avec aussi beaucoup de moments où cette femme est drôle malgré elle. »
