

Une mère et ses deux enfants comparaissent devant une juge aux affaires familiales. Le mari et père aussi. Tout ce qui se dit là d’une violence indicible est terrible. Cette fiction basée sur les vraies paroles des victimes frappe en plein cœur.
Voilà un film qui dégage un sentiment glacé, glaçant. Comme le blanc des murs et la transparence des vitres étouffent, au lieu de l’aérer, l’espace où se situe la confrontation. C’est d’abord un petit garçon qui refuse de monter dans l’autobus, se roule par terre, hurle. Sa mère, fébrile, craint d’être en retard, le supplie, s’énerve ; sa grande sœur le couve et le calme. Ce rendez- vous qu’il ne faut pas manquer est devant une juge aux affaires familiales ; l’avocate murmure à l’oreille d’Alice, la mère, qu’il faut bien tout dire, prendre son temps, être claire ; le petit garçon, inquiet, voudrait savoir si le père va les approcher. Non, ça lui est interdit.
Tout est posé, le combat peut commencer. C’est un combat de gens assis et qui parlent. Et cette parole, et les visages qui les prononcent, emplissent l’espace : on s’accroche à eux et le vertige nous prend.
Les mots, les tremblements de la voix, les regards perdus, mais cette force sourde qui la tient et l’oblige : la mère est à la fois panique et résolution. Myriem Akheddiou l’incarne de toutes ses forces, de toute son âme. Vibrante, tremblante, et la seconde d’après, outrée avant que d’être bouleversante lorsqu’elle dit la vérité. Sa vérité. Et celle de ses enfants qui ne veulent plus voir leur père. Celle de son petit garçon qui se renferme en lui-même ou explose de colère, et souffre de maux de ventre terribles. À ses côtés, mais comme séparé d’elle par un gouffre, son ex-mari tombe des nues, roule des yeux perdus, bredouille qu’il ne comprend pas, clame son innocence. Laurent Capelluto est si frontal, si convaincant dans ses dénégations, que le doute nous envahit. C’est « parole contre parole ». Et voilà que nous sommes, nous spectateurs, dans la position de la juge qui écoute et tente de se frayer un chemin vers ce qu’il faut croire ou ne pas croire.
Ce premier long-métrage coécrit et coréalisé par Charlotte Devillers, infirmière de son métier, et Arnaud Dufeys, réalisateur de courts-métrages, s’inspire du réel pour le retracer, le transcender, dans une mise en scène simple mais étourdissante, légère mais implacable. Tourné en treize jours, minimaliste et pourtant gigantesque dans son impact, dense, intense, On vous croit est une claque. Et la joue vous brûle bien longtemps après la projection.
Isabelle Danel
