Les Dimanches

Crise de foi

Une famille se déchire autour d’une adolescente désireuse d’entrer dans les ordres : décision logique pour les uns, insupportable pour les autres. Ce grand film inconfortable sur la famille et la religion est d’une finesse… divine.

Visage pâle encadré de longs cheveux bruns, l’air d’une madone timide et introvertie, Ainara a dix-sept ans. Et elle ne laisserait sans doute personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ! Orpheline de mère, elle a grandi avec son père et s’est occupée de ses deux jeunes sœurs, sa tante Maïte ayant remplacé comme elle pouvait l’absente génitrice, sa grand-mère faisant office de pilier et de phare. Dans sa famille, les repas dominicaux sont souvent bruyants et agités. À l’heure où elle va passer son bac et entrer à l’université, Ainara, élevée dans la foi catholique, fait savoir à son père qu’elle désire entrer dans cet ordre religieux de sœurs cloîtrées. Alors, tout se dérègle.

Deuxième long-métrage de la réalisatrice de Querer, remarquable série découverte en 2024 sur une femme d’un âge certain qui décide de divorcer pour cause de violences maritales, Les Dimanches est un grand film inconfortable. Entre crise d’adolescence et bouffée mystique, Alauda Ruiz de Azua ne tranche jamais, elle observe cette jeune fille en pleine mutation au sein d’une cellule familiale où non-dits, préjugés, hypocrisie et violences ne cessent d’affleurer derrière des conversations dont les enjeux dépassent tout et tout le monde. Dans des tonalités automnales, sans jamais appuyer sur les contraires : pas plus de « lumière divine » – même si les scènes de couvent, dominées par les aubes immaculées des religieuses, sont un peu plus pâles – que de supposée obscurité dans laquelle seraient plongés les athées. La réalisatrice scrute les visages, mais aussi le langage corporel lors des interactions à table ou les apartés dans la cuisine, au cours des scènes de chorale ou dans l’intimité d’une chambre d’adolescente. Elle offre un film dense, intense, qui ne se livre pas complètement, porté par des actrices d’une puissance inouïe, notamment Patricia López Arnaiz dans le rôle de la tante dont l’amour déborde vers la fureur, et la débutante Bianca Soroa, opaque et limpide à la fois, et pleine de grâce.

Primé aux festivals de Locarno et de Montpellier, Les Dimanches, sous des dehors rébarbatifs, est un film terriblement humaniste et sacrément gonflé.

 

Isabelle Danel