Wicker de Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson

Un homme à soi

Fable moyenâgeuse sur le couple, ce premier long-métrage cosigné par une femme et un homme mélange le trivial et la poésie. Et détourne les codes pour aller, parfois, où on ne l’attend pas.

« Ce que dame nature offre, je le sublime. », déclare le vannier local à la pêcheuse. Dans ce village où chacun est nommé par ce qu’il fait et chacune par le nom de son époux, cette dernière (Olivia Colman), célibataire et – en apparence – fière de l’être, pourrait continuer à faire fi des quolibets. Mais le besoin de se conformer et la solitude aidant, elle décide d’aller frapper à la porte du vannier et lui commander un mari. Cette étrange demande n’est pas pour déplaire à celui qui, jusqu’ici, fabriquait des paniers. Un mois plus tard, à la chapelle et par une nuit de pleine lune, le mariage est célébré en toute intimité.

« Solide comme le bois et tout aussi dur », le mari d’osier surprend son épousée par ses prouesses sexuelles. Et par ses attentions et sa gentillesse. Bientôt, toutes les femmes de ce village bien ancré dans le patriarcat rêvent des qualités de cet homme complet.

Somme toute balisé sur les sentiers de la fable prônant la différence et les chemins de traverse, le film allie une esthétique très classique à une reconstitution élégante. Offrant la part (un peu trop) belle à la trivialité, les dialogues s’amusent des jeux de mots et sonorités : wicker veut dire « osier », mais on peut entendre weaker, qui signifie « plus faible », voire « plus tendre », ce qui, parmi les mâles dominants, serait plutôt une qualité. Mais certains ne passent pas la rampe de la traduction, et parfois l’ensemble reste très appuyé.

Cependant, dans cette histoire de jalousie et d’envie, certaines pistes nouvelles offrent une résolution moins banale qu’attendue. Et le casting impeccable fait le reste. En méchante déguisée en gentille, Elisabeth Debicki excelle et, dans un rôle dévolu d’habitude à Michael Fassbender (qui, de X-Men à Hope en passant par Frank, ne rechigne jamais à se déguiser jusqu’à l’anonymat), Alexander Skarsgård est parfait et bel et bien méconnaissable. Et puis, dans le rôle de la pêcheuse, il y a Olivia Coleman (La Favorite, The Father), génie d’actrice capable d’émotions inouïes et qui pourrait nous faire ressentir son amour pour un réverbère. Alors pourquoi pas un homme d’osier ?

 

Isabelle Danel