

Benoîtement, on pensait l’an dernier que l’état du monde ne pouvait être pire douze mois plus tard. On avait tort. Le 79e Festival de Cannes ouvre ce soir dans ce monde de fous. Cette bulle d’images saura-t-elle nous extraire de celui-ci ? Le peut-elle ? Le doit-elle ?
Attaques, guerres, conflits, la violence et la mort sont partout. En Ukraine, en Iran, dans la Bande de Gaza, au Liban, au Soudan… Les enjeux internationaux se focalisent sur le détroit d’Ormuz, l’aide humanitaire nécessaire un peu partout et les prochaines annonces affligeantes de Donald Trump. Mais pendant ce temps-là, la petite planète cinéma cannoise est en révolution autour d’elle-même, assaillie de questions joyeusement futiles, envisageant des robes, des escarpins, des sacs et des bijoux, du faste et des froufrous, des bras en arabesque et des sourires de rigueur.
Et tous en chœur : y aura qui à la Cérémonie d’ouverture ? Il y aura le jury en charge de remettre la Palme d’or le samedi 23 mai sous la houlette du réalisateur sud-coréen Park Chan Wook – Demi Moore, Ruth Negga, Laura Wandel, Chloé Zhao, Isaach de Bankolé, Diego Cespedes, Paul Laverty et Stellan Skarsgård. Il y aura les présidentes de jury Monia Chokri (Caméra d’or), Carla Simon (CINEF et courts-métrages) et Leïla Bekhti (Un Certain Regard). Et puis, il y aura Peter Jackson, le néo-zélandais réalisateur de Créatures célestes, King Kong et des sagas du Seigneur des anneaux et du Hobbit : il sera palmé d’or d’honneur dès ce soir (qui la lui remettra ? Mystère)… tandis que pour Barbra Streisand, il faudra attendre la cérémonie de clôture.
Rien n’a fuité encore, mais il serait logique que Geena Davis et Susan Sarandon viennent en personne fêter l’affiche officielle du Festival 2026 et les trente-cinq ans de Thelma et Louise.
Trente-cinq ans déjà. En 1991, sur l’écran du Grand Auditorium Lumière et en clôture du 44e Festival de Cannes, elles s’envolaient vers la mort dans leur Ford Thunderbird 1966 décapotable bleu métallisé après nous avoir emballés par leur vitalité, leur force, leur amitié. On ne disait pas sororité alors… Thelma et Louise, les deux héroïnes belles et rebelles du film de Ridley Scott sont donc en noir et blanc et nous font face sur l’affiche de cette 79e édition. On avait, entre cinéphiles, établi un petit moyen mnémotechnique : ThelmA c’était GeenA (Davis), qui explosait dans ce film après des débuts épisodiques, mais remarqués dans Tootsie, La Mouche et Beetlejuice. Et Louise, donc, c’était Susan (Sarandon), actrice puissante et adorée depuis The Rocky Horror Picture Show, Atlantic City, Les Sorcières d’Eastwick, Les Prédateurs… et qui fut ensuite, à nouveau, inoubliable dans plusieurs films, dont La Dernière Marche, avec son Oscar à la clé. Patatras : au fronton du Palais et pour douze jours, c’est Louise à gauche et Thelma à droite. C’est pas un peu confus ? On ne peut plus compter sur personne. Rien qu’au sein du PS, est-ce que la démission du président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, Boris Vallaud, le place plus à gauche que le premier secrétaire du Parti, Olivier Faure, sur l’affiche tant attendue de l’union de la gauche en vue des Présidentielles 2027 ? On se frappe le front. En tout cas, une chose est sûre, comme dirait Bourvil devant sa voiture en mille morceaux dans Le Corniaud : « elle (l’union de la gauche : suivez un peu s’il vous plaît) va marcher (encore) beaucoup moins bien, forcément ! »
Ce soir, pour la Cérémonie d’ouverture du 79e Festival de Cannes, il y aura au moins deux mille personnes assises dans le Grand Auditorium et qui regarderont ensemble dans la même direction. C’est déjà ça. Sans compter le public des neuf cents salles françaises diffusant l’événement et le film afférent, en l’occurrence La Vénus électrique de Pierre Salvadori avec Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Vimala Pons et Gilles Lellouche. Sans compter les spectateurs qui se brancheront à la retransmission en direct (mais sans film à suivre) sur France 2 et France.tv. On compte beaucoup sur la maîtresse de cérémonie pour mettre du sens et de la joie dans tout ça. Eye Haïdara, comédienne passionnante (Le Sens de la fête, La Maison des femmes), est aux commandes et son tempérament explosif n’a d’égal que sa grâce subtile… Allez, on y croit !
