In Waves

Lame de fond


L’émotion plastique et sensible est au rendez-vous de ce bijou né de la rencontre entre un livre et une réalisatrice – découvert lors de la cannoise Semaine de la Critique 2026. L’histoire d’amour réelle de Kristen et AJ traverse le grand écran grâce à un océan de couleurs et de sons. Et défie les lois de toutes les gravités.

Voie royale pour le premier long-métrage de la réalisatrice franco-vietnamienne Phuong Mai Nguyen, qui se retrouve directement sélectionné en ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes, et en compétition au Festival du film d’animation d’Annecy. Une exposition optimale pour ce mélodrame bouleversant. In Waves est adapté du roman graphique, autobiographique et éponyme de l’auteur et illustrateur états-unien AJ Dungo. L’alchimie entre la création initiale – au dessin fixe et à la bichromie bleu sépia -, la portée intime et personnelle, et l’œuvre filmique – au mouvement ample et à la gamme multicolore – embarque totalement. On est saisi par l’aboutissement formel qui s’épanouit sur grand écran en format Scope. La délicatesse du trait épouse la pudeur du récit et des liens. La finesse des harmonies chromatiques unit les décors pourtant tranchés entre l’urbanité pavillonnaire et les éléments naturels sous le ciel californien. Et le tout ingère et transcende les grand mythes de la fameuse Côte Ouest (bleu profond, surf, skateboard…).

Le sillon existentiel de Kristen fait chavirer, autant que l’effet qu’elle produit sur AJ la première fois qu’ils se croisent.

En assumant les grands sentiments, In Waves déploie les ailes du mélodrame sans jamais user de la complaisance du pathos. L’émotion extra-large prime et gagne progressivement ce parcours de symbiose, de transmission et de résilience. Le regard se noie dans ceux de ce jeune couple d’origine philippine, qui ne renie pas sa vulnérabilité. Le souffle se répand sur chaque plan minutieusement élaboré à l’image et au son par l’équipe artistique, jusqu’aux mélodies envoûtantes d’osmose avec les ondes, cosignées Oklou et Rob. Phuong Mai Nguyen sait aussi être généreuse en n’adressant son film à aucun entre-soi branché ou initié, étant elle-même étrangère aux sports de glisse, passion des protagonistes. Cette odyssée sensorielle et spirituelle ouvre grand les bras à celles et ceux qui l’accueillent, et emporte les âmes convoquées vers une lame de fond d’amour et d’amitié. In Waves agit en insubmersible antidote à la méfiance et au jugement facile. Somptueux élixir.

 

Olivier Pélisson
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