

Dominée par la compétition entre Une bataille après l’autre et Sinners, cette 98e cérémonie des Oscars s’est terminée sur une domination massive de ces deux films, qui ont su, chacun à sa façon, marier politique et entertainment.
Cette année, le suspense aura duré jusqu’au bout entre les deux grands favoris de cette compétition cinématographique. Sorti près d’un an plus tôt, Sinners est de toute évidence resté dans le cœur du public comme des critiques américains. Arrivé en salle lors de la fameuse “saison des Oscars”, Une bataille après l’autre a coché presque toutes les cases des récompenses préliminaires accompagnant le sacre d’un favori.
À la fin de la bataille, toute fraternelle, le film de Paul Thomas Anderson part avec des récompenses majeures, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur, quand Ryan Coogler repart avec l’Oscar du meilleur scénario original et Michael B. Jordan est sacré pour la première fois comme meilleur acteur, pour un double rôle. C’est peut-être cette singularité qui l’a distingué cette année où la compétition était très forte (on aura une pensée pour le superbe Wagner Moura de L’Agent secret). Timothée Chalamet, pourtant virevoltant dans Marty Supreme, et omniprésent durant cette campagne, en aura été pour ses frais.
Chez les actrices, Jesse Buckley, en compagne de Shakespeare et mère éplorée par la perte d’un fils dans Hamnet de Chloé Zhao, a dominé dès le départ la compétition et son Oscar semblait acquis depuis quelques semaines.
Du côté des seconds rôles, on pourra constater avec amusement que l’Académie a décidé de récompenser deux superbes portraits de croquemitaines : l’officier suprémaciste d’Une bataille après l’autre, incarné en toute démesure par un Sean Penn très musclé, et la sorcière moderne d’Evanouis de Zach Cregger (l’unique nomination du film), à laquelle Amy Madigan a apporté une folie et une énergie jubilatoires.
En formaliste méticuleux, Guillermo del Toro, pour son Frankenstein, a offert trois occasions à ses équipes de repartir avec une statuette dorée. Toutes furent saisies : costumes, décors et maquillages.
Sur le front du documentaire, l’émouvant Mister Nobody contre Poutine de David Borenstein et Paval Talankin (visible ici : https://www.arte.tv/fr/videos/116712-000-A/mister-nobody-contre-poutine/) a battu le grand favori La Voisine idéale (visible ici : https://www.netflix.com/fr/title/82018736), un document fort sur un meurtre raciste, constitué d’un montage d’images tournées par les caméras de la police de proximité.
La France a eu l’occasion de briller dans cette cérémonie, même si le rouleau compresseur KPop Demon Hunters, récompensé de deux Oscars (animation et chanson originale), a écrasé toute concurrence, dont les poétiques et tricolores Arco et Amélie et la métaphysique des tubes. Déjà parce que des sociétés françaises ont investi dans chacun des films concourant pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Et surtout, avec l’Oscar du court-métrage décerné (ex aequo avec The Singers de Sam Davis) à Deux personnes échangeant de la salive de Natalie Musteata et Alexandre Singh, dystopie poétique en noir et blanc, au parcours presque miraculeux, qui l’a vu débuter par le festival très fermé de Telluride, triompher dans nombre de festivals, dont celui de Clermont-Ferrand, pour finir en beauté au Kodak Theatre de Los Angeles.
On finira sur une note plus désenchantée en évoquant la Warner, grande gagnante de l’année 2025, avec ses succès au box-office (Minecraft, Superman, Destination finale : Bloodlines…) et ses douze Oscars reçus lors de la cérémonie (pour Une bataille après l’autre, Sinners, Évanouis et F1, ce dernier produit par Apple, mais distribué par Warner). Marquent-ils le chant du cygne d’une compagnie plus que centenaire, dont l’avenir annoncé, sous la houlette de la Paramount, est plus qu’incertain ? Une bataille après l’autre.
François-Xavier Taboni
