

Lætitia Masson bouleverse en injectant dans son univers créatif un pan de son vécu personnel et familial. Ulysse s’affirme comme un trajet fictionnel plein de vitalité, comme une ode à la singularité, et comme un chant d’amour à son fils.
Périlleuse entreprise que de mettre en scène devant la caméra un pan de sa vie personnelle, familiale et intime. C’est le défi que s’est lancé Lætitia Masson avec son neuvième long-métrage pour le grand écran. La réalisatrice d’En avoir ou pas, À vendre, La Repentie et Pourquoi (pas) le Brésil a ainsi changé d’axe créatif. Le terreau réel et vécu débouche sur une fiction centrée sur un matériau émotionnel. Celui lié à l’existence de son fils, Alphonse, porteur d’un syndrome génétique, qui se retrouve à s’incarner lui-même à l’âge adolescent dans un double fictif : Ulysse. Comment trouver la bonne distance en évitant la victimisation, le voyeurisme et l’exhibitionnisme ? En y opérant justement un décalage grâce à la vitalité, à l’humour et à un refus du naturalisme. La fiction est assumée, aussi inspirée soit-elle de situations véridiques. Sans devenir non plus un poster sociologique ni un film à dossier, Ulysse s’épanouit en tant que trajectoire romanesque, celle d’une (partie de) vie. Le parcours du combattant et de la combattante pour que le protagoniste titre trouve sa place.
Le dispositif de ce périple rappelle La guerre est déclarée de Valérie Donzelli. Mais cette dernière incarnait son propre personnage avec le véritable père de leur fils, Jérémie Elkaïm. Lætitia Masson trouve ici sa vérité via l’épatante Élodie Bouchez, qui joue la mère protagoniste. Le personnage d’Alice n’est pas cinéaste, mais chercheuse en sociologie. Elle doit démêler le possible de l’impossible, et contourner les embûches pour mieux offrir à son enfant l’espace pour s’épanouir. La collaboration entre la cinéaste et l’actrice, déjà nourrie de quatre aventures (GHB, Aurore, Chevrotine, Un hiver en été), permet une confiance commune. Un élan inlassable domine la toile, et contrebalance la dureté sociétale, les injonctions aliénantes et les empêchements successifs face au handicap et à la différence, soi-disant accueillis par le corps social. Cette odyssée débordant d’amour s’accompagne aussi d’une présence rafraîchissante des couleurs et de la musique, jusqu’à l’émotion lancinante de la Sarabande de Haendel, qu’interprète le père pianiste (Stanislas Merhar). Révélé en sélection officielle à Cannes, en clôture de la section Un Certain Regard, Ulysse vibre fort.
