

Pour son passage au long-métrage, Marine Atlan fait fort. Elle signe un portrait de la jeunesse obsédant, entre espoir, désir et frustration, en plein séjour scolaire au pied du Vésuve. Les vents soufflent, la disparition plane, et l’émerveillement surgit au gré des pierres napolitaines.
Directrice de la photographie courue du jeune cinéma français (Jessica Forever, Nos cérémonies, Le Ravissement, Les Reines du drame, L’Engloutie), Marine Atlan est déjà passée à la réalisation avec les moyens-métrages Les Amours vertes et Daniel fait face, remarqués à Berlin, Clermont-Ferrand, Brive et Angers. Elle y saisit l’enfance, les rencontres déterminantes, et, déjà, le trouble existentiel de ce que c’est que grandir. Avec son premier opus long, elle passe aux adolescents à la lisière de l’âge adulte. Des lycéens débarquent avec deux professeures à Naples, pour s’y nourrir des strates de l’Histoire et des mystères d’une civilisation ensevelie après l’éruption du volcan iconique. L’empreinte de Roberto Rossellini glisse en filigrane, avec les tourments vivaces de Stromboli et Voyage en Italie. Mais point de noir et blanc ni d’Ingrid Bergman ici, La Gradiva vibre par ses couleurs, sa contemporanéité, et son trio juvénile et émouvant Colas Quignard – Suzanne Gerin Henry – Mitia Capellier Audat, accompagné de l’épatante Antonia Buresi (Les héros ne meurent jamais, Rodéo, À son image, Dossier 137).
Le doute et l’élan irriguent les veines de cette aventure collective, où la caméra suit quelques individualités pour mieux raconter la vie en mouvement. Une existence précieuse et fragile à la fois, car la mort rôde, dans les vestiges pompéiens, dans la généalogie du protagoniste Toni, et dans la mélancolie ambiante des paradis perdus. C’est cet équilibre trouvé entre la vitalité et la désillusion qui illumine l’écran. Marine Atlan regarde sans supériorité l’âge des dix-sept ans semé de contradictions, où le coup de sang côtoie la douceur, et l’émerveillement la peur. Avec sa scénariste Anne Brouillet, elle rend compte avec justesse d’un quotidien en voyage, dans la trame envoûtante du récit comme dans les dialogues incarnés sans emphase. L’objectif reste toujours à la bonne distance, frontal mais pudique, et les scènes s’enchaînent délicatement, par un montage sans accrocs ni coutures apparentes. Quand le film s’achève, l’émotion est vive, douce-amère. Elle infuse longtemps après la fin du générique. Les cœurs en lave ont coulé.
Par Olivier Pélisson .
