La Vie d'une femme

Scènes commentées #4

La réalisatrice Charline Bourgeois-Taquet commente cinq scènes extraites de son deuxième long-métrage, La Vie d’une femme, une exploration sensible des raisons et sentiments féminins, portée par deux actrices exceptionnelles, Léa Drucker et Mélanie Thierry.

SCÈNE 4 : LA DISPUTE DANS LA VOITURE 

 

« J’adore écrire des scènes d’engueulade. C’est quelque chose de très rythmique, de très musical. J’entends, en écrivant, les moments où il faut que ça s’accélère, les moments où ça doit se calmer… J’avais envie de bousculer mon personnage, que ce hurlement d’Henri tombe sur Gabrielle sans qu’elle l’ait vu venir, qu’elle soit saisie ! Léa l’a extrêmement bien joué, on comprend tout de suite que ce n’est pas habituel. C’était l’occasion de faire émerger la force et la beauté de leur lien. La scène bifurque et ça débouche finalement sur quelque chose de très tendre, très doux, très fort. Le personnage d’Henri est un magnifique personnage d’homme, de compagnon, de mari. J’aimerais que plus d’hommes dans la vie soient aussi élégants moralement, et intelligents !

Ce qui m’intéressait dans le couple qu’il forme avec Gabrielle, c’est que ce soit une histoire très importante dans sa vie à elle. Ce que je m’étais raconté, et que l’on comprenait dans un morceau qui a sauté au montage, c’est qu’elle a fait vingt ans d’études pour arriver là où elle est, elle s’est engouffrée là-dedans corps et âme, et la première grande histoire d’amour qu’elle a vécue, c’est avec Henri. À l’époque où ils se sont rencontrés, une quinzaine d’années plus tôt, c’était très charnel. Elle a presque découvert sa sensualité avec lui. Je voulais que leur complicité se sente. Pour autant, c’est une étape qui a été dépassée ; aujourd’hui, ils ont construit autre chose, une relation très riche, très belle, avec un niveau de compréhension mutuelle et d’intelligence que j’adore. On sent qu’elle a vraiment besoin de lui.

Mais ça a été une scène très pénible à tourner ! Un cauchemar. C’était le dernier jour de tournage, enfin la dernière nuit. La veille on avait fait une réunion commando pour vérifier la liste des plans et l’ordre dans lequel on allait les tourner, parce qu’on savait que ç’allait être la course contre la montre. Or on a commencé avec une heure de retard parce que mon chef-op avait eu un problème en installant sa caméra sur la vitre du conducteur, à cause d’un reflet, donc on a fait tout le début de la scène avec la fenêtre ouverte, ce qui nous a obligés par la suite à tout postsynchroniser… Tout ça s’est déployé entre 22 h et 6 h du matin, il pleuvait, les acteurs étaient de plus en plus épuisés. Moi, j’étais recroquevillée dans le coffre, avec mes deux retours caméra, la voiture était tractée par une remorque et suivait un circuit en boucle donc on ne s’arrêtait jamais, on ne pouvait pas descendre, les acteurs ne m’entendaient pas quand je leur donnais des indications… Je crois que je ne ferai plus jamais de scène de voiture ailleurs qu’en studio ! »