

C’est un documentaire pris sur le vif, dérangeant, bouleversant et passionnant. On y accompagne, dans les jours puis les semaines qui suivent le 7 octobre 2023, une famille israélo-américaine dont la fille et le gendre ont été enlevés lors de l’attaque du Hamas contre Israël.
Un père, une mère. Ils sont chez eux, ils téléphonent. Ne pas savoir est insupportable : leur fille et leur gendre ont été enlevés le 7 octobre 2023. Nous sommes à peine une semaine plus tard, ils se rendent dans le kibboutz de Nir Oz (frontalier de la bande de Gaza, au sud) où deux cent cinquante personnes ont été emmenées ou assassinées, parmi lesquelles douze citoyens israélo-américains, dont Liat et son mari Aviv. Là, des traces de sang, des impacts de balles, un saccage désolant d’où surgit la vie d’avant : une photo souriante du couple. Le père de Liat, Yehuda, décide de se rendre à Washington pour plaider en direct la cause de sa fille et de son gendre.
Ce qui est étonnant dans ce documentaire, c’est que, en temps réel, « tout » est filmé – en tout cas beaucoup – du vécu et du ressenti des membres de cette famille. Au cœur d’une tragédie dont le contrecoup et les conséquences sont chaque jour à la une de nos journaux. Quelque chose d’étrange s’installe : il semble naturel pour eux d’être sous les feux des caméras et une vérité crue, faite de démarches sans fin, d’attente, de chagrin et de colère, est captée sur le vif. Le réalisateur est un parent d’Amérique, qui a demandé à les filmer au jour le jour dès qu’il a appris l’enlèvement. La conscience de la caméra apparaît dans certaines disputes, ou lorsque la sœur de Liat s’énervant contre son père qui lui rappelle qu’elle est filmée répond : « Je m’en fous ! ». Et continue d’argumenter. Mais on sent dans le montage une volonté de pudeur et de respect qui explique sans doute l’acceptation de la famille à être ainsi scrutée.
Très vite, ce père, Yehuda, devient la figure centrale. Il est celui qui est dans l’action, pas dans les larmes ; il est celui qui décide, qui tire, qui pousse, qui mène la famille d’une poigne de fer. Des tensions avec sa femme, sa deuxième fille, son petit-fils, se font jour ; avec son frère également. Chacun gère comme il peut sa douleur, mais les convictions politiques aussi sont chahutées. Yehuda est en colère contre « Bibi », le Premier ministre d’Israël, Benyamin Netanyahou, car « les otages ne font pas partie de son agenda » ; son frère est beaucoup plus radical envers les agissements d’Israël dans les territoires occupés, le reste de la famille se concentre sur la nécessité de retrouver Liat, sans faire de vagues. Ces désaccords ne masquent pas leur progressisme viscéral, une analyse critique à l’égard de tous les extrémismes et un profond désir de paix.
Primé au Festival de Berlin 2025 et un peu partout où il est passé depuis, ce documentaire terrible, parce qu’au cœur même de la tragédie d’une famille qui en évoque tant d’autres, est d’une force et d’une humanité impressionnantes.
Isabelle Danel
