Les petits riens et les presque tout #6

À propos d’aurores boréales…

Quand le cinéma et la vie quotidienne se mêlent l’un à l’autre… 

 

Hier, une amie créatrice de bijoux m’a fièrement montré sa dernière création : un tour de cou réalisé à partir d’une petite labradorite, qu’elle a su délicatement sertir à l’or fin. « Une légende inuit raconte que cette pierre provient du feu de l’aurore boréale, qui, congelée par le froid des latitudes où on les observe, tombe au sol », m’a-t-elle précisé. Cette jeune femme place toujours une petite histoire au cœur de ses créations, ce qui leur confère un charme certain. Son récit a réactivé en moi ce vieux rêve de pouvoir observer un jour de mes yeux ce fascinant phénomène lumineux « provoqué par l’interaction entre des particules de soleil, transportées par le vent solaire, et la haute atmosphère, et visible dans les régions proches des pôles », comme l’explique Olivier Pélisson dans son reportage pour BANDE À PART sur l’exposition consacrée au sujet en 2016 par le cinéaste Clément Cogitore.  

Du 25 au 31 janvier aura lieu la 33e édition du festival Premiers Plans d’Angers (dont BàP est partenaire depuis 2013). Non pas dans ses murs habituels, mais via la plate-forme La 25e Heure (nous y reviendrons). Aux dates anniversaires, l’inconscient réactive en nous certains souvenirs. Il y a un an, à mon arrivée à Angers, je me suis retrouvée dans un ascenseur avec la vedette islandaise Ingvar Sigurdsson, qui venait présenter le film très maîtrisé de Hlynur Pálmason, Un jour si blanc. Par timidité, je n’avais pas osé lui demander ce que représentaient pour lui les aurores boréales. Encore moins après l’avoir trouvé si impressionnant dans ce film, où il incarnait un père aux prises avec ses démons. Mais à force de croiser son chemin de jour en jour, j’ai fini par lui poser la question, au risque de passer pour une Bécassine, un cliché majuscule en bandoulière…

 

Traduction : « Je suis né en Islande, j’ai donc grandi avec les aurores boréales. Lorsque vous vous promenez dans le pays, généralement à partir de septembre ou octobre, vous pouvez en voir, quand le ciel est dégagé et qu’il fait froid. Cela ressemble à des serpents qui dansent dans tout le ciel. Est-ce effrayant ou ravissant ? C’est beau ! Quand c’est visible et puissant, c’est magnifique ! ».

Avant de quitter Angers l’année dernière, je suis allée me promener au Jardin des Plantes qui jouxte le Centre de Congrès où se tient le festival. Plusieurs arbres remarquables y trônent en majesté, parmi lesquels un sublime orme de Sibérie, vieux de 120 ans et haut de 33 mètres. Penser que cet arbre avait vu naître le cinéma, et traversé deux guerres mondiales, m’a donné le vertige. Alors que, cette année, le festival doit s’adapter à la crise sanitaire et se tenir numériquement, l’image des racines profondes de cet arbre remonte à la surface. J’aime à me dire que le cinéma, lui aussi, est solidement ancré dans notre monde et qu’à l’image de ce festival, il saura s’adapter et continuer à nous porter.