Feathers

Chicken Fun

Attention ovni venu d’Egypte ! Ce coup d’essai signé Omar El Zohairy s’avère un coup de maître décapant. 

 

Omar El Zohairy inscrit son nom dans l’histoire, en tant que premier cinéaste égyptien à présenter un long-métrage à la Semaine de la Critique, où il vient tout juste de décrocher le Grand Prix Nespresso de la 60e édition. Également couronné du Prix FIPRESCI, Feathers, alias « plumes » en français, est le récit décalé et délirant d’un tour de magie qui tourne au vinaigre, et qui pousse une mère de famille effacée à prendre la relève de son mari pour faire vivre le foyer. C’est une chronique simple sur une famille ordinaire, qui galère pour joindre les deux bouts et survivre dans son petit appartement insalubre d’un quartier populaire et ouvrier. C’est le regard d’un homme réalisateur sur une femme qui relève les défis pour ramener de l’argent, dans un monde patriarcal. L’idée géniale de ce premier film est d’embrasser le réalisme magique et la poésie burlesque pour dépeindre le quotidien. Le misérabilisme est évacué, et la complaisance inexistante. Tout n’est que finesse de construction, de l’écriture à la mise en scène, des décors au montage.

Feathers d’Omar El Zohairy. Copyright Still Moving Production.

Une grande audace irrigue en définitive les veines de ce grand poulet métaphorique, quelque part entre Jacques Tati, Pierre Etaix et Aki Kaurismäki, sources inspirantes d’El Zohairy, autant que ses aînés du septième art égyptien, qu’il digère et renouvelle avec fraîcheur, sans quête de l’efficacité à tout prix. Qu’il est bon de voir le jeune cinéma arabe actuel s’aventurer avec réussite sur les chemins de traverse du genre, d’Abou Leila d’Amin Sidi-Boumédiène au Miracle du saint inconnu d’Alaa Eddine Aljem ! Le réalisateur croit dur comme fer dans son postulat loufoque et s’y tient, sans appuyer lourdement la farce, mais en se concentrant justement sur la circulation de l’argent, l’exploitation humaine, le système D, et la chaleur solidaire qui parfois colmate les brèches douloureuses. Nourri d’une intelligence pointue et d’une maturité d’observation, Omar El Zohairy emballe de A à Z.