Pinocchio

Âge tendre et tête de bois

Fabriqué dans un rondin de bois mouvant et parlant, un pantin échappe à son créateur et rencontre quelques personnages peu recommandables : il va faire ainsi l’apprentissage de la vie. 

Les studios Disney, Luigi Comencini, Enzo D’Alo pour les plus connus : le personnage de Pinocchio a déjà inspiré de nombreuses adaptations cinématographiques, dont certaines mémorables. Et au premier abord, on peut se demander ce que Matteo Garrone peut avoir de commun avec les personnages et l’univers créés à la fin du XIXe siècle par Carlo Collodi. Pourtant, en y regardant bien, le mélange de naïveté et de rouerie du Marcello de Dogman trouve un écho très net dans ce Pinocchio nouvelle version. On pourrait ainsi penser que Garrone a posé sa patte sur le chef d’œuvre de Collodi, mais son Pinocchio est finalement bien plus proche du pantin en bois d’origine que des diverses adaptations cinématographiques qui en ont été tirées. Ce respect, tant de l’esprit que des péripéties du matériau d’origine, est à mettre au crédit de Matteo Garrone. Les réserves qu’on émettra sont plutôt d’ordre esthétique. Toujours brillant quand il s’agit de sublimer ses comédiens (Roberto Benigni retrouve enfin un rôle à sa mesure avec ce Gepetto si humain) et les lieux dans lesquels il tourne, Garrone est moins à l’aise avec l’usage des effets spéciaux : comme dans Tale of Tales, le mélange d’effets numériques et de trucages plus primitifs ne prend pas vraiment, détournant parfois le spectateur d’un récit pourtant habilement mené. Il n’empêche que l’ambition énorme du cinéaste, qui lui fait alterner des œuvres ancrées dans le réel et des récits fondateurs de l’histoire italienne, nous font quand même espérer le voir s’atteler un jour à l’adaptation de L’Enfer de Dante.