#JeSuisLà

Plonger

Éric Lartigau envisage Alain Chabat dans le rôle d’un Don Quichotte des temps modernes, envoûté par le chant des sirènes qu’émettent les réseaux sociaux. #Jesuislà, sous ses airs de fausse comédie romantique, interroge la nouvelle Carte de Tendre régie par le virtuel et revêt des atours de fable métaphysique.

#Jesuislà est un récit en trois actes. Entre son exposition et sa conclusion s’installe un temps suspendu, comme on en voit rarement dans les comédies actuelles. Lorsque Stéphane (Alain Chabat) quitte son restaurant au Pays basque pour se confronter à la jeune Coréenne qu’il a rencontrée sur Instagram, il se retrouve à errer dans l’aéroport de Séoul plusieurs jours durant. Car la belle, à l’instar du lapin blanc d’Alice, se dérobe à son regard et brille par son absence. Et Stéphane, comme l’héroïne de Lewis Carroll, plonge dans des dédales mentaux et s’embarque dans une expérience initiatique.

#Je suis là / Copyright Gaumont Distribution

C’est quand il tente de résoudre les conflits de son personnage que #Jesuislà est le moins convaincant. Soit dans sa troisième partie, où la crise existentielle du personnage se résorbe de manière un peu simpliste. Mais #Jesuislà a ceci d’audacieux et de séduisant qu’il ose mettre en scène un temps suspendu dans un espace d’aéroport et en faire le cœur de son récit. Ces séquences sont inventives, souvent poétiques, et offrent de vrais moments visuels de cinéma, qui laissent une place importante au spectateur et à son propre imaginaire.
Éric Lartigau filme aussi une autre chose saisissante : le mystère que véhicule Alain Chabat. Complice et alter ego du réalisateur (ils ont tourné ensemble Prête-moi ta main en 2006), le comédien promène en bandoulière sa fantaisie et sa mélancolie – l’un allant souvent de pair avec l’autre. Le regard d’Alain Chabat est immensément cinégénique. Peut-être parce qu’il est celui d’un observateur attentif et authentiquement humain. Ce regard profond accueille l’autre, lui renvoie une présence, et charme tout autant qu’il émeut. Il semble ne rien enfermer dans une conclusion, fait la part belle au doute et fait éprouver une sensation d’éternité à celui qui le reçoit. Un monde dans un monde que filme Éric Lartigau avec une tendresse infinie. #Jesuislà invite à y plonger.

Chloé Révas