Halloween

La nouvelle nuit des masques

Quarante ans après le thriller inoxydable de John Carpenter, David Gordon Green signe une suite respectueuse, en forme de série B efficace mais sans génie.

Après avoir longtemps travaillé sur un remake de Suspiria (réalisé par Luca Guadagnino et qu’on découvrira le 14 novembre), David Gordon Green s’est finalement attelé à une suite / hommage / remake du Halloween de John Carpenter. Est-ce à dire que le cinéaste quadragénaire est un fanatique du genre ? A vrai dire, non. Et il est bien difficile de saisir le parcours de ce réalisateur, qui fut tour à tour jeune espoir du cinéma indépendant (George Washington), adoubé par Terrence Malick (Vers l’autre rive) ou fabricant de comédies plus ou moins réussies (Délire express, Votre majesté) avec son comparse depuis toujours Danny McBride (qui cosigne par ailleurs le scénario d’Halloween). En fait, le réalisateur se rapproche plutôt d’un cinéaste de studio de l’âge d’or hollywoodien, capable de passer indistinctement d’un genre à un autre, sans réel génie, mais de façon souvent efficace. Et c’est ce qui fait la force et la faiblesse de ce nouvel Halloween.

On y retrouve, quarante ans après les terribles événements survenus à Haddonfield, Laurie Strode, désormais grand-mère (émouvante Jamie Lee Curtis) et à nouveau confrontée à l’impassible croquemitaine. On passera sur une introduction beaucoup trop longue, où l’on suit les pérégrinations de deux journalistes ineptes pour en venir au cœur du sujet : les méfaits du tueur en série dans une petite bourgade en train de fêter halloween. Appliquant son petit Carpenter illustré avec soin (et aidé par le maître lui-même, qui a travaillé sur la musique du film), David Gordon Green soigne son atmosphère, et notamment les irruptions de Michael Myers dans un cinémascope anxiogène. Jouant avec une certaine finesse sur la connaissance du public du film de 1978 pour le surprendre, le réalisateur réussit quelques scènes de terreur et s’acquitte plutôt honorablement de son contrat. Mais ce jeu astucieux et humble avec le film original est aussi sa principale faiblesse : on ne cesse durant toute la projection de regretter le thriller de John Carpenter (qui ressort en salles le même jour, histoire de comparer), chef d’oeuvre de minimalisme et d’abstraction. Il ne faut alors prendre ce nouvel opus que pour ce qu’il est : une honorable série B, à la modestie bienvenue.