Cannes 2023 : L’Afrique au cœur

L’édition cannoise 2023 restera un cru historique quant à la présence du cinéma africain et de la zone MENA (Middle East North Africa, alias Moyen-Orient et Afrique du Nord). Longs et courts-métrages cumulés, ce sont au total vingt films qui ont brillé sur les écrans des différentes sections de la Croisette. L’occasion de faire rayonner cinéastes, visages, univers, territoires et cinématographies, qui gagnent en nombre dans les événements internationaux, mais aussi au cours des rencontres professionnelles et des ateliers, durant les festivals de Marrakech, Carthage ou Ouagadougou, encourageant de plus en plus de projets.

Les cinq dernières éditions du Festival de Cannes et de ses sections parallèles ont montré le regain créatif et représentatif de nombreux pays africains et moyen-orientaux. De Rafiki de Wanuri Kahiu à Abou Leila d’Amin Sidi-Boumédiène, de Sortilège d’Alaa Eddine Slim à Adam et Le Bleu du caftan de Maryam Touzani, de Plumes d’Omar El Zohairy à Leila et ses frères de Saeed Roustayi, de Tsutsue d’Amartei Armar à Sofia de Meryem Benm’Barek, d’Ashkal de Youssef Chebbi à Sous les figues d’Erige Sehiri, du Miracle du saint inconnu d’Alaa Eddine Aljem à Tasavor d’Ali Behrad ou Atlantique de Mati Diop, les nouvelles mises en scène apportent un vent de fraîcheur à leurs illustres pères et mères de cinéma.

Cette année, toutes les sections ont ouvert leur programmation à cette vague. L’Acid a ainsi accueilli un long-métrage venu de Tunisie, Machtat de Sonia Ben Slama, et un autre de Guinée-Bissau, Nome de Sana Na N’Hada. La Semaine de la Critique a sélectionné en compétition le premier long-métrage jordanien jamais présenté à Cannes, Inchallah un fils d’Amjad Al Rasheed (Prix Fondation Gan pour la diffusion, et Rail d’or), ainsi que le court-métrage égyptien I Promise You Paradise de Morad Mostafa (Rail d’or du court-métrage), tout comme la Quinzaine des Cinéastes a convié le court de Jordanie The Red Sea Makes Me Wanna Cry de Faris Alrjoob, et la Cinéfondation, le court égyptien Al Toraa de Jad Chahine. Côté Iran, deux auteurs empêchés de travailler en solo se sont associés pour mieux raconter leur société aliénante en une suite de saynètes individuelles : c’est Terrestrial Verses d’Ali Asgari et Alireza Khatami, révélé à Un Certain Regard.

La Cinéfondation a aussi présenté le court-métrage marocain Ayyar de Zineb Wakrim (3e prix) en Sélection officielle. Un Maroc très présent, et célébré en Officiel encore, avec les longs-métrages La Mère de tous les mensonges d’Asmaé El Moudir (Œil d’or et Prix de la mise en scène Un Certain Regard) et Les Meutes de Kamal Lazraq (Prix du jury Un Certain Regard). Mais aussi à la Quinzaine des Cinéastes, avec Déserts de Faouzi Bensaïdi. L’Algérie a brillé également, grâce à un court à la Quinzaine des Cinéastes, La Maison brûle, autant se réchauffer de Mouloud Aït Liotna, et un long en séance de minuit à l’Officiel. Dans Omar la fraise d’Elias Belkeddar, Benoît Magimel et Reda Kateb jouent au Buddy Movie tarantinesque à la sauce harissa, dans une cité algéroise sublimée.

Les Filles d’Olfa / Copyright Tanit Films.

Avec deux films en compétition pour la Palme d’or, chacun réalisé par une femme, la sélection officielle du Festival de Cannes a voulu affirmer son geste. Les Filles d’Olfa de Kaouther Ben Hania (Oeil d’or, Prix François-Chalais, Prix de la citoyenneté et Prix du cinéma positif) et Banel et Adama de Ramata-Toulaye Sy ont aussi porté haut des protagonistes féminines au volontarisme moteur. Dans le premier, avec une mère et ses deux filles tunisiennes marquées par l’absence et la disparition des deux aînées de la fratrie, vampirisées par les sirènes de Daech. Dans le second, avec une histoire d’obsession amoureuse au Sénégal, jusqu’à l’aveuglement et l’ensevelissement dans la poussière. Au cœur de nombreux films proposés, les femmes mènent aussi la barque, qu’elles soient devant et derrière la caméra (La Mère de tous les mensonges), ou au centre de l’intrigue d’un monde patriarcal obscurantiste filmé par un homme (Inshallah un fils).

Outre le Sénégal avec Banel et Adama, l’Afrique subsaharienne était aussi richement présente avec Goodbye Julia de Mohamed Kordofani (Prix de la Liberté Un Certain Regard), Augure de Baloji Tshiani (Prix de la nouvelle voix Un Certain Regard), Mambar Pierrette de Rosine Mbakam à la Quinzaine des Cinéastes, et le précité Nome à l’Acid. Entre tourments sociétaux, géopolitiques, guerre ou survie quotidienne, le Soudan, la République Démocratique du Congo, le Cameroun et la Guinée-Bissau ont donc eu droit de cité sur la Croisette. Grande nouvelle, que la présence de classiques revisités a confirmée par sa lumière.

À Cannes Classics était salué Sarafina ! de Darrell Roodt, représentant du cinéma sud-africain révélé sur la Croisette en 1993, et la SRF (Société des Réalisateurs de Films) a décerné son Carrosse d’or durant la Quinzaine des Cinéastes au maître malien Souleymane Cissé. L’occasion de revoir sur grand écran son premier long-métrage Den Muso / La Jeune Fille (1975), témoignage de la violence sociétale à l’encontre de la femme, et d’entendre le réalisateur se livrer sur son parcours. Vivace et toujours engagé, cet « homme sage pas sage », selon les mots de Serge Toubiana, déclarait qu’il a horreur de l’injustice, et que, dans chaque film, « il y a une lancée vers l’inconnu. » Pour ce cinéaste libre, auteur de sept courts-métrages et de sept longs-métrages, le cap reste le même : « Il faut que le public réagisse avec les images. » C’est ainsi que le cinéma agit sur les consciences. Viva Africa !

 

Longs métrages

Les Filles d’Olfa de Kaouther Ben Hania, sortie en salle le 5 juillet 2023
Banel et Adama de Ramata-Toulaye Sy, sortie en salle prochainement
Omar la fraise d’Elias Belkeddar, sortie en salle le 24 mai 2023
Goodbye Julia de Mohamed Kordofani, sortie en salle prochainement
La Mère de tous les mensonges d’Asmaé El Moudir, sortie en salle prochainement
Les Meutes de Kamal Lazraq, sortie en salle le 19 juillet 2023
Augure de Baloji Tshiani, sortie en salle le 15 novembre 2023
Déserts de Faouzi Bensaïdi, sortie en salle prochainement
Mambar Pierrette de Rosine Mbakam, sortie en salle prochainement
Machtat de Sonia Ben Slama, sortie en salle prochainement
Nome de Sana Na N’Hada, sortie en salle prochainement
Inshallah A Boy d’Amjad Al Rasheed, sortie en salle prochainement
Terrestrial Verses d’Ali Asgari et Alireza Khatami, sortie en salle prochainement
Den Muso / La Jeune Fille de Souleymane Cissé (1975)
Sarafina ! de Darrell Roodt (1993)

Courts métrages

Ayyar de Zineb Wakrim, Sélection officielle, Cinéfondation
Al Toraa de Jad Chahine, Sélection officielle, Cinéfondation
La Maison brûle, autant se réchauffer de Mouloud Aït Liotna, Quinzaine des Cinéastes
The Red Sea Makes Me Wanna Cry de Faris Alrjoob, Quinzaine des Cinéastes
I promise you Paradise de Morad Mostafa, Semaine de la Critique