Counterpart

Alter ego

En 2014, pas moins de 328 séries ont été lancées aux États-Unis. Impossible de toutes les regarder. Mais contre dix heures de votre temps, vous pourriez découvrir la première saison de Counterpart. Verdict, alors que la deuxième saison vient de commencer.

Counterpart diffuse un doux parfum de dépendance. L’addiction ne naît pas de la sidération comme avec The Handmaid’s Tale. On ne se demande pas : « Comment un tel monde est possible ? ». La question qui nous effleure est plus intime et universelle : « Qui suis-je ? ».

Quand Howard Silk rencontre son double, il voit d’abord un jumeau parfait. Même physique. Mêmes costumes. Même passé. Même famille. Même femme. Même lieu de travail. Pour Howard, c’est un coup de massue. Un autre Howard, un autre lui, existe. Mais la duplication n’est pas parfaite. Son double se révèle arrogant, moqueur et insatisfait. Ils ont le même ADN sans partager la même vie : l’un est un employé subalterne des Nations unies à qui l’on refuse toute promotion, quand l’autre est à un des postes-clés de l’organisation. L’un n’a jamais trompé sa femme, tandis que son double, séparé, la dit morte.

Pourquoi l’un semble avoir réussi sa vie professionnelle et raté sa vie personnelle, lorsque son autre vit l’inverse ? En creux, Counterpart exalte le pouvoir identitaire de nos décisions : nous sommes la somme de nos choix.

Comme tous les personnages importants de cette série, J.K Simmons alias Howard Silk interprète son double. Une occasion fascinante de voir à l’image deux êtres identiques qui ne jouent pas la même partition. Le regard, la commissure des lèvres et les épaules interagissent différemment pour l’un et l’autre : chacun sa personnalité, chacun sa démarche. Quand un individu et son double sont réunis dans le même cadre, la schizophrénie nous guette…

Counterpart est une série originale à mi-chemin entre science-fiction et espionnage. Durant la Guerre froide, un événement mystérieux a divisé la réalité en deux. Deux mondes parallèles, deux populations dupliquées. Mais là aussi, les différences dans un cadre symétrique font le sel de l’intrigue. Et quand l’un des mondes cherche à se venger de son jumeau, les cartes sont brouillées. Quelle réalité conserver ? De qui et quoi prendre la place ? Quel double supprimer ?

Counterpart est une série réussie à la beauté discrète. L’éclat est à chercher dans les questions qu’elle pose et l’humanité des personnages.

En résumé, retenons : un excellent entrelacement des mondes et des identités, un décor berlinois pour une série made in USA, une intrigue de longue haleine, des rapports de forces et un plaisir de jeu d’acteur.

Un petit bémol : des dialogues quelquefois empreints de poncifs, du style : « Peut-être bien qu’on n’aime pas vraiment quelqu’un pour qui il est, peut-être qu’aimer, c’est le voir comme il devrait être ».