Une femme vêtue de noir traîne, tire, pousse un corps sur une civière à travers les herbes sèches. Longuement, lentement, douloureusement. Elle le ramène chez elle, chez lui. Car c’est son fils et elle veut l’enterrer près de leur maison. Il y a là un gardien amputé d’un bras, posté par l’autre fils qu’elle tient pour responsable de la mort du premier. Presque sans dialogues, dans une nature écrasée de soleil quelque part en Algérie, la réalisatrice (également actrice principale) signe une tragédie antique tissée de guerres fratricides, d’impossible pardon, et d’une force existentielle inouïe. Figure emblématique, elle est Electre et Antigone, Jocaste et Clytemnestre, une femme dressée contre la barbarie qui y participe pourtant, précipitant le drame. Peu à peu, binant et bêchant la terre, y apportant péniblement l’eau du puits, cette femme redonne des couleurs à la vie, elle refleurit son jardin, quitte ses tenues de deuil pour des robes bigarrées et fait renaître des cendres un  semblant de famille (choisie), au risque de perdre le dernier de ses enfants. Aride et peu explicatif, le récit avance au rythme de cette femme digne et butée, de ses choix et de ses erreurs. Déroutant et puissant.