L'inconnu du lac

A presque cinquante ans, Alain Guiraudie reconnaît « passer aux choses sérieuses » et considère avoir suffisamment « tourné autour du pot » en questionnant l’amour entre hommes. L’Inconnu du Lac, prix de la mise en scène dans la section Un Certain Regard à Cannes cette année, aura été remarqué pour sa beauté formelle et son sujet documenté. Le film se concentre sur l’été de Franck et Michel, qui se retrouvent quotidiennement autour d’un lieu de drague unique pour « pédés » : un lac étincelant et sauvage. Au détour de plans pornographiques, Guiraudie filme la réalité de cette micro-société. Le temps du film, le spectateur est ainsi convié à ne plus échapper à ces extérieurs naturels circonscrits, théâtre d’un huis clos paradoxalement aéré et hautement symbolique (ici, tout est « nature » semble dire Guiraudie). Point question d’amour, c’est la règle. Pourtant, Guiraudie s’immisce dans un dilemme amoureux de manière judicieuse et entraîne son film sur le terrain du « thriller existentiel ». Seul bémol à ce bel Inconnu, le cinéaste ne soustrait pas Franck et Michel au négativisme du « héros gay » communément admis au cinéma : ils sont des figures qui, malgré des apparences décomplexées, sont toutes deux victimes de leurs états.