Climax

La playlist commentée par Gaspar Noé

Climax, le nouvel opus de Gaspar Noé, est un film sur les années 1990, sur la danse, et donc un film musical. Retour en quelques titres sur cette bande originale que le label Milan Music édite en album.

Cerrone, Supernature (Instrumental Climax edit), 1977

Le film de Gaspar Noé s’ouvre sur le tube disco de Marc Cerrone, dans une version instrumentale. « Quand j’ai commencé à chercher des morceaux pour le film, explique le réalisateur, j’ai commencé à aller voir du côté des tubes disco et électro. Supernature est venu assez vite. Mais dans l’idéal, je voulais uniquement des versions instrumentales, pour pouvoir dialoguer librement le film. » Cerrone a ainsi fait un remix d’une version sans paroles de son tube, spécialement pour Climax. « Dans les années 1970, explique le réalisateur, impossible de vendre un disque sans refrain. Mais aujourd’hui, depuis qu’il y a eu Daft Punk et toute la musique électro, tu te rends compte que le son de la version « instru » plaît beaucoup plus. Le morceau paraît ainsi plus frais, contemporain – ou en tout cas universel. » Ou comment un hit disco un peu oublié devient un tube électro moderne. Un des grands événements de Climax, c’est peut-être Noé qui ressuscite Cerrone.

 

Giorgio Moroder, Utopia me Giorgio, 1977

« Au début, j’avais envie d’avoir la musique du film Midnight Express, composée par Giorgio Moroder, mais c’était impossible, pour une question de droits », explique Gaspar Noé. Et puis, des titres comme Chase sont trop intimement liés au film d’Alan Parker. « Il y a des morceaux qui portent des films. Midnight Express, c’est Moroder, et Climax, c’est Cerrone », complète Gaspar Noé, faisant référence au nouveau remix de Supernature ouvrant son film. Le réalisateur se rabat alors sur Utopia (me Giorgio), un morceau un peu antérieur de Giorgio Moroder, mais qui préfigure déjà l’électro des Daft Punk – qui rendront d’ailleurs hommage au compositeur disco italien dans leur quatrième album, Random Acess Memories (2013). « J’avais prévu de finir le film avec un morceau d’électro très dark », poursuit Gaspar Noé, « mais du coup, il n’y avait plus de contrepoint avec ce qu’on voyait dans le film. J’ai préféré placer ici ce morceau disco entêtant, pour que tout n’aille pas dans le même sens. » Noé’s touch.

Patrick Hernandez, Born to be Alive (instrumental), 1979

Incroyable mais vrai, comme pour Supernature, la BO de Climax offre la toute première version instrumentale du tube de Patrick Hernandez. « J’ai dansé 1000 fois sur Born to Be Alive, il me fallait une version instrumentale. Mon music supervisor a alors contacté la maison de disques, qui lui a confirmé l’existence d’une version instrumentale, jamais éditée. On a pu avoir les droits. » Ainsi, la toute première version instru de Born to Be Alive en album est dans la BO de Climax. Classe.

Soft Cell, Tainted Love / Where did our love (extended), 1981

Le tube de Soft Cell, reprise new wave de deux standards de la soul, Tainted Love de Gloria Jones (1964) et Where Did Our Love Go ? des Supreme (1964) a une place de choix dans le film de Gaspar Noé. Le réalisateur explique : « Tainted Love, c’était une idée de mon music supervisor. Au début, j’avais envie de mettre dans le film Tainted Dub une autre version par Soft Cell de cette musique, plus expérimentale et que j’aimais encore plus. Mais sur les images, avec la danse, ça ne fonctionnait pas du tout. »

Dopplereffekt, Superior Race, 1995 et Technic 2000, 1995

« Dopplereffekt, c’est un génie. Dans le genre techno dure et classe, ces morceaux du début de Dopplereffekt, c’est de la bombe atomique ». Gaspar Noé ne mâche pas ses mots pour parler de ce groupe de Détroit, proche de la funk industrielle. « Au début, je ne voulais mettre qu’un seul morceau, mais finalement… ». Quand on aime, on ne compte pas.

Thomas Bangalter, What To Do, 1995 et Sangria, 1995/2018

« Thomas [Bangalter, l’un des deux Daft Punk, ndlr], je l’ai rencontré à l’époque où je tournais Irréversible », explique Gaspar Noé. « Dans Irréversible, il me fallait un morceau techno d’une quinzaine de minutes pour la séquence de fête. J’avais demandé à Thomas si je pouvais utiliser les morceaux qu’il avait édités sous son label Roulé », poursuit le réalisateur. Roulé est un label de musique House créé en 1995 par Thomas Bangalter, un an avant le premier succès de Daft Punk, Da Funk. « Thomas a rapidement accepté, puis, après avoir vu un premier montage du film, il m’a proposé de composer la bande originale. » Le début d’une longue histoire d’amitié, qui se poursuit avec Climax, puisque le Daft Punk offre deux musiques, What We Do, sortie en 1995 sur l’album Trax on Da Rocks du label Roulé, et le titre presque original Sangria, un morceau sans titre, jamais sorti, réalisé par Bangalter en 1995 et resté depuis sur un disque dur… Jusqu’à qu’il apparaisse finalement, enfin baptisé, dans le film de Noé.

Aphex Twin, Windowlicker, 1999

« C’est, avec Rollin & Stratchin des Daft Punk, l’un des morceaux des débuts de l’électro que j’aime le plus », explique Gaspar Noé, pour qui c’était une évidence de placer ce morceau culte des 90s – mémorable pour son clip angoissant signé Chris Cunningham.

Kiddy Smile, Dickmatized (instrumental), 2018

Également acteur dans Climax, l’artiste et militant LGBT Kiddy Smile offre à Climax son seul morceau anachronique. « C’est grâce à Kiddy qu’une grande partie des danseurs ont accepté de jouer dans le film ; en remerciement, je savais que ça lui ferait plaisir d’avoir son morceau dans la bande originale », explique Gaspar Noé. « Et puis, c’est un des rares morceaux – avec Supernature de Cerrone et What To Do de Thomas Bangalter – qui réunissait les diverses influences des danseurs, qui viennent pour certains du voguing et pour d’autres du R’n’B. »

Thibaut Barbillon, Angie (instrumental cover), 2018

« Quand j’étais ado, il y avait trois slows qui passaient tout le temps : Hotel California des Eagles, Honesty de Billy Joel et Angie des Rolling Stones », se souvient Gaspar Noé. « J’ai eu envie de mettre Angie des Rolling Stones dans le film, mais il n’existait aucune version instrumentale », explique le réalisateur, qui craint les « télescopages dysfonctionnels » entre les paroles d’une chanson et les dialogues du film. Les producteurs de Climax obtiennent néanmoins le droit de réaliser une version instrumentale de ce tube mélancolique. Elle est confiée à Thibaut Barbillon, compositeur habitué du travail au cinéma. « C’était important pour moi de mettre des musiques connues dans Climax, explique Gaspar Noé. Ça installe le spectateur dans un terrain connu. C’est comme quand tu vois un film avec des acteurs connus : tu vois un film avec Depardieu, t’es chez toi. Là, c’est pareil. » Pas de Gérard Depardieu dans Climax, mais Angie et Born to be Alive.

Daft Punk, Rollin & Stratchin’, 1997 (absent de l’album)

Titre phare du premier album studio des Daft Punk, Rollin & Stratchin’, présent dans le film, « grâce à l’intervention de Thomas Bangalter », est néanmoins absent de l’album édité par Milan Records. « Pour des questions de droits. Les Daft Punk refusent en général l’utilisation de leurs musiques dans des films », rappelle Gaspar Noé. Amitié oblige, ils sont bien présents dans Climax le film, mais déclinent l’invitation de l’Original SoundTrack.